Tyler Vilus, jihadiste français en Syrie, face à la justice française

Le procès de Tyler Vilus a débuté ce 25 juin devant les assises spéciales de Paris. Ce trentenaire, qui a fréquenté nombre de figures jihadistes francophones en Syrie, est le premier Français à être poursuivi pour des crimes commis dans ce pays, entre 2013 et 2015.

C'est pour son appartenance à une organisation terroriste, avoir dirigé un groupe de combattants et pour « meurtres aggravés » que Tyler Vilus est renvoyé devant les assises et encourt la perpétuité. Une triple accusation qui reflète les différentes casquettes que les enquêteurs lui attribuent, à la fois « recruteur »,  « combattant » et « membre de la police » du groupe État islamique.

Soupçonné d'avoir rejoint la katiba des « immigrés », un escadron responsable de tortures et d'exécutions sommaires, ce qu'il conteste, Tyler Vilus est aussi poursuivi pour avoir supervisé des exécutions en tant que membre de la police religieuse dans la ville de Shaddadi, près de la frontière irakienne. Il apparaît ainsi dans une vidéo diffusée en 2015 par l'EI dans laquelle deux soldats, l'un de l'armée syrienne libre l'autre de Bachar el-Assad, sont assassinés d'une balle dans la tête. Tyler Vilus assiste alors à l'exécution, à visage découvert.

De Troyes à la zone irako-syrienne

Tyler Vilus a grandi à Troyes, à 180 km au sud-est de Paris. Converti à l'islam à 21 ans, très vite radicalisé, il gagne dès l'été 2011, la Tunisie, où les mouvements islamistes refleurissent après les printemps arabes sur place, il participe, selon les enquêteurs, au saccage de l'ambassade des États-Unis en septembre 2012. Mais déçu par la tiédeur des salafistes tunisiens, aux dires de sa mère, le jeune homme s'installe finalement en Syrie en mars 2013, après un premier séjour fin 2012.

Très actif sur les réseaux sociaux, Tyler Vilus, multiplie les appels à rejoindre la zone irako-syrienne. Il y fait notamment venir sa mère, Christine Rivière. Surnommée « mamie jihad » par les enquêteurs, elle sera d'ailleurs condamnée en 2017 à 10 ans de prison après trois séjours en Syrie auprès de son fils et pour avoir contribué au départ de plusieurs jeunes femmes.

Une ascension rapide au sein de l'EI

Sur les réseaux sociaux, il s'affiche en combattant, ceinturé d'explosifs, kalachnikov en bandoulière. Dès l'été 2013, il écrit à sa mère: « En plus d'être flic, je suis devenu émir d'un groupe de Français ». D'abord installé dans la périphérie d'Alep, Vilus y aurait rejoint la fameuse brigade des immigrés, réputées donc pour ses exactions.

C'est ensuite à Shaddadi où il s'établit en 2014, qu'il aurait occupé, selon des témoins, un poste dans la police islamique en charge de l'application de la charia. C'est cette fonction qui expliquerait sa présence près des bourreaux sur la vidéo d'exécution des deux soldats syriens. Il est finalement arrêté le 2 juillet 2015, à l'aéroport d'Istanbul muni d'un passeport suédois, puis expulsé vers la France.

Une prise importante pour les enquêteurs

Tyler Vilus a été en contact en Syrie avec nombre de figures du jihadisme francophone. D'Omar Diaby, recruteur d'une vaste filière dans la région niçoise, au Toulousain Rodrigue Quenum, pris en photo tenant une tête décapitée. La katiba des immigrés qu'il aurait rejoint compte dans ses rangs deux futurs kamikazes du Bataclan: Samy Amimour et Ismaël Mostefai, mais aussi Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé, que Vilus reconnaît avoir côtoyé.

Après son arrestation, le trentenaire, qui a réussi à conserver quelques jours son téléphone, envoie d'ailleurs un message à Abaaoud pour lui dire: « sa change rien.quand je sort jagis ». Les enquêteurs ont un temps soupçonné qu'il aurait pu être un 11e homme lors des attentats de novembre, mais ne l'ont finalement pas mis en examen dans ce dossier. Lui nie tout projet d'attentat en Europe, il affirme avoir fait croire à Abaaoud qu'il voulait commettre un attentat alors qu'il cherchait seulement à quitter l'EI pour s'installer vivre sa foi en Mauritanie.