La Turquie ratifie l'Accord de Paris sur le climat

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Le Parlement turc a ratifié ce mercredi soir, à l'unanimité des députés présents, l’Accord de Paris sur le climat. Les défenseurs de l’environnement se réjouissent de ce revirement, mais ils n’y voient qu’une première étape qui devra être suivie d’effets.

Recep Tayyip Erdogan avait annoncé cette décision fin septembre à New York, faisant de son pays le 191e à ratifier cet accord qui devait permettre, lors de son adoption en 2016, de limiter la hausse des températures moyennes sur la planète à 2 degrés et si possible à 1,5°C.

La Turquie avait signé l'Accord de Paris en 2016. Elle était l'un des derniers grands pays émetteurs de gaz à effet de serre à ratifier le texte. Le président turc avait jusqu'à présent justifié son abstention en invoquant des injustices liées aux obligations et au partage du fardeau, en termes de réduction des émissions polluantes : pour Ankara, les efforts doivent être différenciés entre pays industrialisés, auxquels le pays appartient néanmoins. Les émissions nettes de gaz à effet de serre de la Turquie ont augmenté de plus de 150% depuis 1990, selon les chiffres officiels turcs.

Mais la question climatique s'est brutalement imposée dans le pays cet été après une succession d'événements météorologiques extrêmes, dont des incendies de forêt sur la côte méditerranéenne et des inondations dans le nord, qui ont fait une centaine de victimes et causé d'importants dégâts à la nature. La Turquie est également frappée par une sécheresse persistante, qui oblige déjà certains producteurs à abandonner leur terre et d'autres à se tourner vers de nouvelles cultures moins gourmandes en eau.

Les Turcs préoccupés par le changement climatique

En ratifiant le texte sans avoir obtenu gain de cause, Ankara renonce à une position devenue intenable, estime Duygu Kutluay, militante pour Europe Beyond Coal, une alliance de la société civile. « La Turquie a fini par comprendre que rester à l’écart du nouveau régime climatique ne lui procurait aucun avantage et l’exposait même à des sanctions, dit-elle au micro de notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer. Par exemple, avec le projet de taxe carbone aux frontières de l’Union européenne, les milieux d’affaires – qui se souciaient peu du climat jusqu’ici ont commencé à faire pression sur le gouvernement. »

Duygu Kutluay reste néanmoins prudente sur les effets de cette ratification. « Ce qui me réjouit, c’est qu’en même temps que la ratification, la Turquie a annoncé pour la première fois un objectif fort de réduire ses rejets de gaz à effet de serre à zéro émission nette d’ici à 2053, assure-t-elle. C’est très important venant d’un pays qui, certes, ne porte pas une responsabilité historique dans le réchauffement climatique, mais est aujourd’hui le 16e plus gros émetteur mondial de gaz à effet de serre. »

La décision d’Ankara semble enfin en accord avec les préoccupations de la société. Dans un récent sondage du German Marshall Fund, 83% des Turcs souhaitent que leur pays joue un rôle plus actif dans la lutte contre le changement climatique. Cette ratification intervient à trois semaines de la conférence mondiale sur le climat sous l'égide de l'ONU (COP26), qui s'ouvrira fin octobre à Glasgow, au Royaume-Uni.

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