Turquie : le président du syndicat des boulangers emprisonné pour avoir critiqué Erdogan

PHOTO UMIT BEKTAS/REUTERS

“Le pain ne devrait pas constituer la base de notre alimentation”, déplorait Cihan Kolivar, le président du syndicat des boulangers turcs, dans une interview télévisée, le 7 novembre. Mais le représentant ne s’est pas contenté de cette analyse sur les effets de la crise économique qui frappe la société turque. “Se nourrir uniquement de pain crée des sociétés débiles. C’est pour ça que notre société est administrée par les mêmes dirigeants depuis vingt ans”, a-t-il lancé, dans une référence à peine voilée à l’AKP, parti islamo-nationaliste au pouvoir depuis 2002.

Placé en garde à vue le lendemain pour “insulte à l’État et à la nation turque”, il a finalement été envoyé en détention pour “insulte au chef de l’État” sur la base de messages postés par le passé sur les réseaux sociaux, rapporte le quotidien Cumhuriyet.

La Turquie est parmi les plus grands consommateurs de pain dans le monde, et le plus grand en Europe, devant la Serbie et la Bulgarie, avec une consommation deux fois plus importante que celle de la France.

Vendu au prix de 1,25 livre turque début 2021 (0,06 euro au cours actuel), le pain de 210 grammes est désormais vendu 5 livres (0,27 euro) en raison de l’envolée des prix, ce qui a contraint de nombreux ménages à se nourrir uniquement de pain. Son prix pourrait passer à 6 livres, soit 0,32 euro, prévient le journal d’opposition conservateur Karar.

Médecins, architectes, urbanistes

L’arrestation de Cihan Kolivar intervient dans un contexte de répression accrue contre la société civile turque, notamment à l’encontre des organisations professionnelles et des chambres de métiers.

La semaine dernière, la présidente de l’Union des médecins de Turquie a été arrêtée et placée derrière les barreaux, sous le motif de propagande terroriste, pour avoir réclamé une enquête sur la possible utilisation d’armes chimiques par les troupes turques en Irak, dans les combats qui les opposent à la guérilla kurde du PKK.

Au printemps dernier, deux dirigeants de l’Ordre des architectes et de la Chambre des urbanistes avaient été condamnés à dix-huit ans de prison dans le cadre du procès des manifestations de Gezi, en 2013.

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