Turquie: la polémique sur les fouilles à nu des détenues s'amplifie

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Au Parlement turc et sur les réseaux sociaux, une polémique fait rage au sujet des fouilles intégrales dans les lieux de détention. Les autorités nient leur existence, mais les témoignages de victimes se multiplient.

Avec notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer

La polémique sur les fouilles à nu en Turquie dure depuis environ deux mois. Mais c’est une députée du parti au pouvoir, Özlem Zengin, qui l’a relancée le 19 février avec ces mots qui ont choqué : « Quand on se plaint, c’est juste après les faits. Une femme honorable n’attendrait pas un an pour porter plainte.»

L’élue de l’AKP entendait démontrer la position des autorités sur les fouilles intégrales. Elles n’existeraient pas, donc les plaintes seraient mensongères.

Ces fouilles à nu ne sont pas interdites, mais elles sont en principe strictement encadrées. Des députés de l’opposition dénoncent pourtant ce qu’ils qualifient de « banalisation » de cette pratique dans les commissariats et les prisons. Sur les réseaux sociaux, des dizaines de victimes – principalement des femmes – partagent leur expérience. Parmi elles, l’avocate Betül Alpay, qui raconte son arrivée à la prison de Mugla le 2 novembre 2017 : « Deux gardiennes m’ont dit de me déshabiller. J’ai tout enlevé, sauf mes sous-vêtements. Mais elles m’ont ordonné d’enlever aussi ma culotte. C’est la pire phrase que j’ai entendue, j’en ai pleuré. Puis j’ai dû faire ce qu’elles ont dit : m’agenouiller et me redresser, trois fois. »

Malgré les dénégations officielles, la Cour constitutionnelle turque a donné raison en décembre à une femme qui affirmait avoir été fouillée à nu dans un commissariat d’Istanbul. Elle avait porté plainte, mais le parquet avait refusé d’ouvrir un procès.