Turquie: les partisans d'Erdogan à la fête, malgré un résultat étriqué

Luana Sarmini-Buonaccorsi avec Fulya Ozerkan à Istanbul
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Des partisans du président turc Recep Tayyip Erdogan, le 16 avril 2017 à Istanbul

Ankara (AFP) - "Il n'y a pas d'arrêt, la route se poursuit". Les partisans du président turc Recep Tayyip Erdogan célèbrent leur victoire au référendum sur l'extension de ses pouvoirs, malgré une pointe de déception face à un résultat bien éloigné du plébiscite espéré.

Drapeaux de la Turquie ou bannières en faveur du "oui" à la main, une foule s'est formée dimanche devant le siège du parti au pouvoir AKP à Ankara pour écouter le discours au balcon du Premier ministre, Binali Yildirim, qui a sillonné le pays sans relâche ces dernières semaines dans le cadre de la campagne en vue du référendum.

Les dirigeants turcs ont proclamé dimanche leur victoire et celle-ci a été confirmée par l'autorité électorale. Toutefois, les deux principaux partis d'opposition contestent le résultat du scrutin et ont annoncé qu'ils déposeraient un recours.

MM. Erdogan et Yildirim ont salué cette victoire, mais parmi les gens venus la célébrer, beaucoup admettent être quelque peu déçus de ce résultat serré.

"Je m'attendais à plus", reconnaît ainsi Yadigar Boztepe, avec malgré tout un grand sourire et un drapeau turc à la main. Pour elle, le responsable de ce score étriqué est le président du parti nationaliste MHP, Devlet Bahçeli, allié du gouvernement sur cette révision constitutionnelle.

Il a en effet semé la zizanie dans le camp du "oui" en accusant jeudi un conseiller du président d'avoir évoqué l'instauration d'un système fédéral après le référendum, ce à quoi le MHP s'oppose totalement. Recep Tayyip Erdogan avait dû en personne apporter un ferme démenti.

"L'AKP a dû faire campagne seul" à cause des divisions internes au MHP, déplore pour sa part un homme qui se tient un peu plus loin et qui a requis l'anonymat.

Mais pour Mustafa Unsal, ce résultat est surtout le signe des divisions qui existent en Turquie : "Ce résultat montre qu'il y a une partie du pays qui ne veut pas rendre le pays plus fort et a une mentalité européenne, et les autres, qui sont de vrais Anatoliens."

- 'Leader mondial' -

Malgré cette déception, l'heure est à la fête, des gens s'étant également réunis au siège du parti à Istanbul.

Dans la rue, les automobilistes faisaient sonner leurs klaxons, brandissant des fumigènes, tandis que des vendeurs ambulants proposaient des écharpes à l'effigie du président et même des CD compilant les différentes chansons de la campagne.

"Ce qui compte, c'est le résultat. Il ne s'agit pas d'avoir un point de plus ou deux de moins", affirme Nihat Kalaba.

"Ce n'est pas une joie aigre-douce. C'est une bonne joie", assure Derya. "Nous avons gagné, notre peuple a gagné !"

"Ca a été une campagne difficile", estime toutefois Sezer Ozen. "L'Europe, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France se sont unis contre Erdogan, contre la Turquie. Nous leur avons donné une bonne leçon."

Recep Tayyip Erdogan a multiplié les invectives à l'égard de l'Occident tout au long de la campagne, notamment après l'interdiction de plusieurs meetings en faveur du "oui" en Allemagne et aux Pays-Bas. Il a ainsi régulièrement affirmé qu'une victoire du "oui" donnerait une bonne leçon à l'Europe.

"Recep Tayyip Erdogan n'est pas seulement le leader de la Turquie, c'est un leader mondial", considère Recep Kermen. "Notre coeur bat avec lui", ajoute-t-il, assurant que ceux qui ont voté "non" "sont nos frères".

Après le discours du Premier ministre dans la capitale, un feu d'artifice a été tiré. Mais la pluie aidant, les gens ne se sont pas attardés et sont repartis, dans un grand concert de klaxons.

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