Turquie: dix anciens amiraux arrêtés après une lettre contre un projet d'Erdogan

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En Turquie, dix anciens militaires ont été placés en garde à vue ce lundi 5 avril et quatre autres sommés de se présenter à la police sous trois jours. Ils font partie des 103 signataires, tous amiraux à la retraite, d’une lettre ouverte dénonçant la menace que ferait peser, selon eux, un projet du gouvernement sur un traité historique régissant l’utilisation des principales voies navigables de la Turquie.

Le parquet d’Ankara, chargé de mener l’enquête contre les 103 signataires de cette lettre ouverte, avait indiqué avoir identifié les « meneurs » de l’initiative. Ils risquent désormais un procès sur la base d’un article du Code pénal turc qui punit « l’entente pour commettre un crime contre la sécurité de l’État et l’ordre constitutionnel », indique notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer. Soit entre 3 et 12 années de prison.

Dans leur lettre ouverte publiée dans la nuit de samedi à dimanche, ces anciens militaires s’inquiètent des conséquences d’un projet du président Erdogan baptisé « Canal Istanbul ». Il s’agirait de creuser un gigantesque canal dans l’ouest d’Istanbul, entre la mer Noire et la mer de Marmara, pour alléger le trafic sur le détroit du Bosphore. Les 103 officiers en retraite redoutent que ce projet ne remette en cause la convention de Montreux de 1936, qui consacre la souveraineté de la Turquie sur ses détroits.

Erdogan dénonce une lettre « malveillante »

Dès la publication du texte, les officiels turcs ont estimé que la méthode « rappelait l’époque des coups d’État » dans un pays où les militaires se sont longtemps arrogé le droit de renverser les gouvernements.

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Le président Recep Tayyip Erdogan a ainsi déclaré que la lettre, qualifiée de « malveillante », sous-entendait « un coup d'État politique ». « Cela n'a rien à voir avec la liberté d'expression. Dans un pays dont l'histoire est émaillée de coups, cela est inacceptable », a-t-il réagi.

« Le lien fait entre Canal Istanbul et la Convention de Montreux est totalement faux », a encore affirmé le chef de l'État. « Nous n'œuvrons pas et n'avons pas l'intention de l'abandonner. Si le besoin se fait sentir à l'avenir, nous pourrons amender n'importe quelle convention si cela peut permettre à notre pays d'aller de l'avant », a-t-il toutefois ajouté.

« Nous considérons les avantages qu'offre Montreux à notre pays comme importants, et nous resterons tenus par cet accord jusqu'à ce que nous trouvions de meilleures opportunités », a-t-il assuré.