Turquie: le HDP dénonce un «putsch politique» après une demande d'interdiction le visant

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Un procureur a envoyé un acte d'accusation à la Cour constitutionnelle demandant l'ouverture d'un procès contre le principal parti prokurde, accusé de liens avec le « terrorisme ». Les députés du HDP accusent le président Recep Tayyip Erdogan et son allié ultranationaliste d’agir pour des motifs purement électoraux.

Avec notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer

Un « putsch politique » : c’est ainsi que le HDP qualifie la décision d’un procureur de réclamer son interdiction pour activités « terroristes ». Hişyar Özsoy, député du parti prokurde, estime que la démarche n’a rien à voir avec une procédure judiciaire : « La coalition entre le parti au pouvoir AKP et son allié nationaliste MHP est dans une situation très difficile à tous points de vue : économie, gestion de la pandémie, problèmes régionaux, tensions avec l’Europe et les États-Unis… En prévision des prochaines élections, ce pouvoir cerné de toutes parts tente de créer un front nationaliste, de consolider sa base nationaliste en s’attaquant au HDP et en lançant un débat sur notre interdiction. »

Le HDP a appelé « toutes les forces d’opposition » à s’élever contre cette procédure qui, selon Hişyar Özsoy, pourrait aboutir vite ou dans plusieurs mois, selon la volonté du pouvoir. Hüda Kaya, une autre députée, estime que l’enjeu dépasse largement l’avenir de son parti : « L’enjeu n’est pas le HDP, ni même les Kurdes. L’enjeu, c’est la disparition de toute vie démocratique en Turquie. C’est l’initiative d’un palais présidentiel et de ses collaborateurs qui font tout ce qu’ils peuvent pour rester au pouvoir à vie. »

Le parquet réclame non seulement la fermeture du HDP, mais aussi l’interdiction de toute activité politique pendant cinq ans pour 687 figures du parti, dont ces deux députés.

Critiques américaines

Les États-Unis ont prévenu qu'une telle dissolution « subvertirait de manière indue la volonté des électeurs turcs, saperait encore davantage la démocratie en Turquie et priverait des millions de citoyens turcs de leurs représentants élus ». Un discours auquel a réagi Ankara.

Sans nommer Washington, le ministère turc des Affaires étrangères a appelé ce jeudi « ceux qui s'immiscent dans nos affaires intérieures [...] à respecter le processus judiciaire ». « Les déclarations de certains pays au sujet des derniers développements [...] sont incompatibles avec la notion d'État de droit », a ajouté le ministère turc dans un communiqué.