En Turquie, le «fact-checking» voulu par les autorités accueilli avec sarcasme

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Dans un pays où les médias et les réseaux sociaux sont étroitement contrôlés par les autorités, la nouvelle de la mise en place de cette application de vérification des faits est l'objet de nombreuses railleries sur internet.

De notre correspondante à Istanbul,

Fahrettin Altun, le directeur de la communication de la présidence turque, a annoncé le projet récemment sur son compte Twitter. L’application, qui sera disponible sur iPhone et Android, s’appellera « Doğru mu ? », ce qui signifie « Est-ce vrai ? ».

Cet outil - très officiel, donc - permettra de savoir « si les informations qui circulent sur les réseaux sociaux sont vraies ou fausses ». Le gouvernement présente même la future plateforme comme « l’un de nos outils les plus solides dans notre lutte pour la vérité ». L’application est actuellement en phase de test et selon les autorités, elle sera disponible au téléchargement « très bientôt ».

L’ironie comme réponse

L’application vise directement les réseaux sociaux, accusés de colporter de fausses nouvelles. Si l’on met de côté les partisans du pouvoir, qui ont bien sûr applaudi l’idée, l’arrivée de cette application est accueillie avec beaucoup de sarcasme sur Twitter. Un internaute salue par exemple une plateforme « merveilleuse » pour connaître la vérité, puisqu’il suffira, écrit-il, « de lire ce qu’affirme le gouvernement pour savoir que l’inverse est vrai ». Un autre internaute imagine un cas de figure concret, où il demanderait à l’application où sont passées plusieurs dizaines de millions de dollars de réserves que la Banque centrale turque a utilisées l’an dernier pour soutenir la monnaie. De nombreux économistes affirment que ces réserves ont fondu comme neige au soleil, ce que le président Erdogan dément. L’internaute imagine donc la réponse de l’application : « Ces économistes sont des terroristes et vous aussi, puisque vous posez cette question. »

Tous soulignent l’ironie d’une telle initiative de la part du gouvernement turc, lui-même souvent accusé d’empêcher la diffusion d’informations ou de propager des informations biaisées. Le ministre de la Santé avait par exemple reconnu, à la fin de l’été 2020, avoir publié, chaque jour pendant des mois, des chiffres incomplets sur les nouveaux cas de Covid-19. C’est uniquement après que des associations de médecins ont insisté pour obtenir des bilans réalistes que le gouvernement a avoué n’avoir publié que le nombre de cas symptomatiques, et non les nouveaux cas positifs mais asymptomatiques.

Pressions sur Twitter

À l’inverse, l’administration et des tribunaux interdisent chaque jour la diffusion sur les réseaux d’articles publiés par la presse d’opposition qui mettent en cause des officiels ou des proches du parti au pouvoir, y compris lorsque ces derniers ont été condamnés par une décision de justice.

La Turquie est d’ailleurs l’un des pays du monde qui demande le plus de suppressions de contenus à Twitter, et le réseau social risque de connaître dès le mois prochain un fort ralentissement s’il refuse d’appliquer une loi de contrôle des réseaux sociaux adoptée l’an dernier.