Turquie: les dirigeants de l’UE plaident pour une approche très progressive et conditionnée

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La présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen et le président du Conseil européen Charles Michel ont rencontré Recep Tayyip Erdogan dans son palais présidentiel à Ankara. Leur visite visait à encadrer la détente amorcée entre la Turquie et l’UE après une année 2020 difficile. Les dirigeants de l’UE ont plaidé pour une approche très progressive, conditionnée à l’attitude des autorités turques dans les mois à venir.

Avec notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer

« Nous ne sommes qu’au début du chemin » : c’est ce qu’a dit et répété Ursula von der Leyen à l’issue de la rencontre avec le chef de l’État turc. La présidente de la Commission européenne a réaffirmé la volonté de l’UE de renouer le dialogue avec la Turquie, tout en usant de beaucoup de prudence et de conditionnel. « Nous tendons la main, c’est maintenant à la Turquie de saisir cette opportunité », a renchéri le président du Conseil, Charles Michel.

Encourager Recep Tayyip Erdogan sur la voie de l’apaisement, sans lui donner l’impression – et donner l’impression aux opinions européennes – que les mots et les actes plus conciliants du président turc jusqu’ici suffiront à renouer le dialogue. C’est l’exercice difficile auquel les deux dirigeants européens se sont livrés à Ankara.

Les deux responsables de l’UE étaient venus exposer à Recep Tayyip Erdogan le cadre de cet éventuel réchauffement et les bénéfices que la Turquie pourrait en tirer. Des bénéfices essentiellement économiques, qui passeraient notamment par une modernisation de l’union douanière entre la Turquie et l’UE.

Une corde sensible pour Recep Tayyip Erdogan tant l’économie turque est en difficulté. La balle est dans le camp d’Ankara, a insisté Charles Michel. « Nous avons dit au président Erdogan que l’UE est prête à mettre sur la table un agenda concret et positif, basé sur trois piliers : la coopération économique, les migrations, les contacts entre personnes et la mobilité. Notre engagement sera progressif, proportionnel et réversible. Nous espérons que la Turquie saisira cette opportunité. »

L’Europe propose aussi de reprendre le dialogue à haut niveau suspendu en 2019 sur certains sujets comme l’environnement ou la santé, et de poursuivre son soutien financier aux quatre millions de réfugiés installés en Turquie.

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Mais Ursula von der Leyen et Charles Michel ont été clairs : l’Europe n’avancera que si la Turquie avance et ne ravive pas les tensions en Méditerranée orientale. Les dirigeants de l’UE ont aussi insisté sur le respect des droits de l’homme, qualifié de « priorité absolue ». Ursula von der Leyen et Charles Michel, qui se savaient attendus sur ce point, ont lourdement insisté dessus. Le président du Conseil a assuré avoir transmis au président turc « les profondes inquiétudes » de l’UE, citant notamment le retrait récent de la convention d’Istanbul contre les violences faites aux femmes. Le Conseil européen de juin leur permettra de faire le point et de juger des progrès – donc de la sincérité – du président turc.

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