La Turquie annonce 718 arrestations dans les milieux pro-kurdes

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Le ministère turc de l'Intérieur a annoncé, lundi, l'arrestation de 718 personnes, dont des dirigeants du parti pro-kurde HDP, soupçonnées de liens avec le PKK, qu'Ankara accuse d'avoir exécuté des ressortissants en Irak. Alors qu'Erdogan a reproché aux États-Unis leur faible réaction, Washington a confirmé la responsabilité des "terroristes du PKK".

Les autorités turques ont arrêté 718 personnes, dont des dirigeants du parti pro-kurde HDP, a indiqué le ministère turc de l'Intérieur, lundi 15 février. Ces personnes sont soupçonnées de liens avec les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à qui Ankara a imputé dimanche "l'exécution" de 13 Turcs en Irak.

"Un grand nombre d'armes, de documents et du matériel numérique appartenant à l'organisation (terroriste) ont été saisis lors des perquisitions", a ajouté le ministère de l'Intérieur, précisant que des opérations dans 40 villes à travers le pays étaient toujours en cours.

Protestant contre la réaction américaine, jugée molle par les médias pro-gouvernementaux, la Turquie a convoqué, lundi, l'ambassadeur des États-Unis à Ankara. "L'ambassadeur américain (David) Satterfield a été convoqué au ministère ce jour et notre réaction au communiqué américain lui a été notifiée dans les termes les plus forts", a précisé le ministère.

Le PKK réfute la version d'Ankara

La Turquie a accusé dimanche le PKK d'avoir exécuté 13 de ses ressortissants, membres des forces de sécurité pour la plupart, qu'il retenait en captivité dans le nord de l'Irak depuis plusieurs années.

Selon le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar, des militaires turcs ont découvert 13 corps sans vie dans une grotte située dans la région de Gara, dans le nord de l'Irak, où Ankara mène une opération contre le PKK, un groupe qualifié de "terroriste" par Ankara et ses alliés occidentaux.

Le PKK a reconnu, dimanche, la mort d'un groupe de prisonniers, mais a réfuté la version d'Ankara, affirmant qu'ils avaient été tués dans des frappes aériennes turques.

Tensions entre Washington et Ankara

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a ravivé l'un des principaux points de contentieux entre la Turquie et les États-Unis en les accusant de soutenir les "terroristes" kurdes après "l'exécution", selon Ankara, de 13 Turcs en Irak aux mains des rebelles du PKK.

Le département d'État américain avait déclaré, dimanche, "déplorer" ces morts. "Si les informations sur la mort de civils turcs aux mains du PKK, une organisation classée terroriste, se confirment, nous condamnons ces actions dans les termes les plus forts", avait-il ajouté dans un communiqué.

"Les déclarations des États-Unis sont déplorables. Vous dites ne pas soutenir les terroristes mais vous êtes bel et bien à leur côtés", a déclaré le président turc lors d'un discours, lundi.

Si Washington considère le PKK comme une organisation terroriste, il n'en soutient pas moins des milices kurdes qui y sont liées en Syrie dans le cadre de la lutte contre le groupe État islamique.

Ce soutien aux milices kurdes syriennes des YPG, qui a commencé sous l'administration de Barack Obama, est depuis plusieurs années au cœur des tensions qui plombent les relations turco-américaines.

Lors d'une mise au point téléphonique avec son homologue turc Mevlüt Cavusoglu, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a affirmé lundi que "les terroristes du PKK" sont responsables de la mort de 13 otages turcs en Irak.

"Le secrétaire d'État a fait part de ses condoléances pour la mort des otages turcs dans le nord de l'Irak et a affirmé que les terroristes du PKK en portent la responsabilité", a par ailleurs assuré le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price, dans un communiqué.

Deux partisans de Fethullah Gülen arrêtés

Parmi les personnes arrêtées par les autorités turques figurent deux partisans présumés du prédicateur Fethullah Gülen, accusé par Ankara d'être le cerveau du putsch manqué de 2016. Urbuz Sevilay et Tamer Avci ont été "appréhendés" en Ouzbékistan et transportés en Turquie lors d'une opération menée par les services secrets turcs (MIT), selon l'agence étatique Anadolu.

Outre ses liens avec les réseaux du prédicateur Gülen, Urbuz Sevilay est accusé par Ankara d'avoir participé "à la fourniture d'armes" à des miliciens affiliées aux rebelles kurdes du PKK en Syrie et en Irak, selon la même source.

Le prédicateur Gülen, installé de longue date aux États-Unis nie toute implication dans le putsch avorté du 15 juillet 2016 contre le président Recep Tayyip Erdogan.

Avec AFP