Tunisie : la révolution en quarantaine

De notre correspondant à Tunis, Benoît Delmas
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Alors que le pays célèbre les dix ans de la révolution de Jasmin, la pandémie du Covid-19 est passée par là, et l’heure n’est plus aux célébrations de cette révolution sans précédent dans le monde arabe.
Alors que le pays célèbre les dix ans de la révolution de Jasmin, la pandémie du Covid-19 est passée par là, et l’heure n’est plus aux célébrations de cette révolution sans précédent dans le monde arabe.

Au c?ur de Tunis, sur ce pan de l'avenue Bourguiba où se sont joués les derniers jours de la révolution de 2011, des dizaines de milliers de Tunisiens massés face au ministère de l'Intérieur il n'y a aujourd'hui que des policiers. La raison ? Le confinement débute aujourd'hui. En un saisissant raccourci, l'aggravation de la situation sanitaire a percuté la commémoration démocratique. Pour certains, le 14 janvier est un simple jour férié ; pour d'autres, une date historique ; pour une troisième catégorie, une source de mécontentements. On trouvera, parmi les marchands de la Médina, d'indécrottables nostalgiques, le portrait de Ben Ali sous le comptoir, à portée de main. Il y a dix ans, le 14 janvier 2011, 17 h 49, Ben Ali fuyait son pays qu'il avait transformé en caserne pour rejoindre l'Arabie saoudite, le terminus des dictateurs arabes. Il avait vainement tenté de rejoindre la France, son fidèle soutien vingt-trois ans durant, mais Paris ne le connaissait plus depuis quelques heures. Sans armes ni leaders, avec la « dignité » pour slogan, mot transversal, des centaines de milliers de Tunisiens étaient parvenus à renverser l'État policier qui les malmenait. On planta les jalons d'une transition démocratique, on fonda des élections libres, un nouveau régime politique, une Constitution fut votée à la quasi-unanimité du Parlement le 26 janvier 2014, l'international des démocraties chérissait ce nouvel entrant, une racine fichée dans le sol arabe perclus de ré [...] Lire la suite