Tunisie: premier débat télévisé de l'histoire du pays pour la présidentielle

A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, le pays a connu samedi soir le premier débat télévisé de son histoire. Un rendez-vous millimétré qui a vu huit candidats répondre à des questions tirées au sort. Malgré l'absence d'interaction directe entre les prétendants, ce débat s'inscrit dans l'élan démocratique né de la révolution de 2011.

Deux heures d’émission, des prises de parole chronométrées pour les huit candidats présents, et des thématiques imposées par un tirage au sort. La mécanique de l’exercice, animé par deux journalistes, n’a souffert d’aucun accroc.

Seule ombre au tableau, l’absence peu justifiée de Nabil Karoui, pourtant désigné pour s’exprimer mais en prison pour des soupçons de fraude fiscale. Les prétendants se sont cantonnés à répondre aux questions, ne s’offrant que peu de liberté pour sortir du cadre imposé.

Et plusieurs figures comme Abir Moussi, qui revendique une proximité avec Ben Ali, ont fait montre d’aisance face aux thématiques imposées. Comme le candidat d’Ennahdha, Abdelfattah Mourou qui a prôné un renforcement du pouvoir de l’Etat. Sur les réseaux sociaux, nombre de spectateurs ont salué la prestation remarquable de Mohamed Abbou qui a marqué par ses approches non clivantes.

Au-delà du fond de la prestation et avant même les deux autres débats prévus ce dimanche soir et lundi avec les dix-sept autres candidats, cette soirée est à marquer d’une pierre blanche dans l’aventure démocratique tunisienne.

En témoignent les nombreux commentaires sur internet, emplis d’émotion, qui saluent la capacité d’organiser un débat encadré, respectueux, digne des plus grandes démocraties, où les affrontements ne se sont fait qu’à la force des arguments.

La situation des médias pendant la campagne

Ce premier de trois grands débats a été diffusé simultanément sur 11 chaînes de télévision, dont deux chaînes publiques, ainsi qu'une vingtaine de radios. Un dispositif inédit, dans un contexte où les médias comme les hommes politiques ont perdu beaucoup de crédit ces dernières années.

Mais selon Larbi Chouikha, professeur de journalisme à l'Institut de presse et des sciences de l'information de Tunis, et ancien responsable de l'instance indépendante pour les élections de 2011, il est un peu tard pour réformer un secteur où domine la confusion des genres, entre information, communication et propagande.