En Tunisie, le président Saïed prend le contrôle de l'instance électorale

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Un nouveau texte paru ce vendredi 22 avril au Journal officiel tunisien indique que les élections à venir en Tunisie seront supervisées par une instance dont les membres seront nommés par le président lui-même.

Avec notre correspondante à Tunis, Amira Souilem

Le nom reste, mais c’est à peu près tout. L’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) est maintenue, mais ses membres vont être remplacés pour faire la place à des personnes nommées directement par Carthage.

Jusqu’ici, l’Isie comptait à la fois des magistrats, des huissiers et des avocats désignés par leurs pairs et par le Parlement. Un Parlement dissout depuis que Kaïs Saïed s’est emparé des pleins pouvoirs en juillet dernier.

Mis en place après la révolution pour mettre un terme au contrôle des élections par le ministère de l’Intérieur, cet organe était une des grandes réalisations de la Tunisie post-révolutionnaire. Désormais, les sept membres, parmi lesquels des magistrats ou encore un ingénieur informatique, seront nommés par décret présidentiel.

Quels contre-pouvoirs reste-t-il en Tunisie ?

La décision intervient alors que la Tunisie se prépare à voter pour des législatives en décembre prochain. Le président actuel de l’Isie, Nabil Baffoun, a laissé exploser sa colère en direct sur une radio tunisienne : « Je pense sincèrement qu’on peut dire que cette instance est désormais une instance présidentielle. La notion d’indépendance a complètement sauté. » Il a déjà prévenu qu’il ne démissionnerait pas et que Kaïs Saïed n’avait qu’à le limoger de son poste pour mettre en place cet organe supposé à ses ordres.

La question que beaucoup de Tunisiens se pose aujourd'hui : face aux pouvoirs présidentiels de plus en plus étendus, reste-t-il encore des contre-pouvoirs en Tunisie ?

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Plusieurs contre-pouvoirs, dont le Parlement, sont en effet tombés un à un. À en croire le président de l'Isie, ces décisions serviraient un projet présidentiel d’accaparement du pouvoir sur le long terme. « Aujourd’hui, nous n’avons aucun moyen de stopper cette fatalité. L’Instance supérieure indépendante pour les élections va avoir de nouveaux membres nommés pour quatre ans alors qu’on sait tous qu’une élection présidentielle aura lieu en 2024. À la prochaine présidentielle, Kaïs Saïed sera à la fois sur le terrain, l’arbitre et le gardien du camp adverse, prédit Nabil Baffoun. Il a tous les pouvoirs en main aujourd’hui. Même celui de l’Isie. »

Restent la presse et la société civile tunisiennes qui craignent que leur tour ne finisse pas arriver.

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