Tunisie: les positions de Rached Ghannouchi sur la Libye suscitent polémique et colère

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En Tunisie, les félicitations adressées, mardi dernier par Rached Ghannouchi, président du parlement tunisien, à Fayez al Sarraj, Premier ministre libyen, dérangent. C’était lors d’un appel téléphonique suite à la reprise de la base stratégique d’al Witya, dans l’ouest libyen, jusqu’alors aux mains des forces de Khalifa Haftar. Plusieurs partis politiques au sein du parlement considèrent que ces déclarations sont en contradiction avec la position officielle tunisienne qui impose la neutralité vis-à-vis de la Libye.

Ce jeudi 21 mai, à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), ce sont sept partis politiques à Tunis (dont le Parti des travailleurs et le Parti socialiste) qui estiment l’attitude du président d’Ennahda inadéquate avec sa fonction à la tête du parlement. Ils dénoncent: « une façon d’outrepasser les institutions de l’État, de les impliquer dans le conflit libyen aux côtés des Frères musulmans » ainsi que de privilégier « l’intérêt des frères musulmans à ceux de la Tunisie ».

« Relations non-officielles »

Quatre autres partis, dont deux participant à la coalition gouvernementale, Qalb Tounes et Tahya Tounes, appellent à tenir une séance de dialogue sur la diplomatie parlementaire : « le problème, c’est d’impliquer le parlement dans des positions politiques dont certaines ne s’accorderaient pas avec la diplomatie tunisienne », a déclaré Mostapha ben Ahmed, chef de file des parlementaires du parti Tahya Tounes.

Quant à Abir Moussi, qui préside les parlementaires du parti Dostorien, elle accuse le président Rached Ghannouchi : « d’entretenir des relations non-officielles avec les parties étrangères et d’avoir un agenda secret ». Des agissements « obscurs » selon elle qui la pousse à demander la destitution du président. Elle a été rejointe par deux autres partis de la gauche tunisienne.

Fronde…

Au début de l’année déjà, les appels à retirer la confiance à Rached Ghannouchi se sont multipliés après sa visite en Turquie, en janvier, et sa rencontre à huis clos avec le président Reçep Tayyip Erdogan. Sa participation en mars dernier à une conférence internationale organisée par le Qatar avec des frères musulmans a accentué la pression et il est désormais accusé de mettre en danger la sécurité nationale tunisienne par ses prises de position.

Rached Ghannouchi est également confronté à une campagne populaire, qui appelle à son audition sur l’origine d’une présumée fortune. Une pétition qui circule depuis une semaine et a recueilli des milliers de signatures.

La fronde est aussi au sein du parti, Ennahda, à la tête duquel il est appelé à démissionner. Plusieurs hauts responsables ont démissionné durant ces derniers mois dénonçant sa façon de gérer le mouvement. Devant ces pressions, les proches de Rached Ghannouchi dénoncent, eux, une campagne orchestrée et financée par l’étranger.