Tunisie: une marche contre le président Kaïs Saïed sous haute surveillance

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Ce dimanche 10 octobre a été marqué par de nouvelles manifestations à Tunis. Cette fois-ci, ce sont les opposants au président tunisien Kaïs Saïed qui sont descendus dans la rue. Une manifestation très surveillée et moins accessible que les précédentes.

Avec notre correspondante à Tunis, Amira Souilem

Avant même d’arriver sur l’avenue Bourguiba, lieu de la protestation contre le président Saïed, le ton est donné : des grappes de policiers quadrillent le quartier. La manifestation des opposants au président est placée sous haute surveillance.

Certains policiers - faisant peut-être de l'excès de zèle - nous interdisent d'abord à plusieurs reprises l'accès au lieu de la manifestation. Informé de notre profession, un agent des forces de l'ordre indique alors : « Tu vas devoir passer par la rue de Paris. Les autres accès sont condamnés. Il y a un seul point d’entrée et de fouille, c’est depuis la rue de Paris. »

« Le rassemblement a été scindé volontairement »

Dans le cortège survolé par un drone, des protestataires éprouvent les mêmes difficultés à se frayer un chemin jusqu’au théâtre municipal, point de ralliement depuis le début du mouvement.

« Le rassemblement a été scindé volontairement en cinq au moins pour ne pas donner l’impression que l’on était nombreux. On a compris ces pratiques. On a fait tout un détour pour pouvoir y accéder, c’était fatigant. Mais la vérité finit toujours pas trouver un moyen de se faire entendre », témoigne une manifestante.

Même constat fait par un homme croisé dans le cortège : « Ils ont mis des barrières partout. Ils nous ont retenus à l’entrée une demi-heure, mais on a fini par pouvoir entrer. C’était fatigant, ça a pris un peu de temps, mais on y est. »

« Nous ne sommes pas des diables »

Visiblement excédés par cette gestion de la manifestation, certains protestataires versent dans une critique du pouvoir plus radicale que les semaines précédentes. La critique des mesures exceptionnelles du président Kaïs Saïed semble se muer progressivement en colère contre sa personne :

« Dans des discours, il dit que nous sommes le diable ou des personnes éméchées. Eh bien non, nous sommes le peuple, celui qui l’a élu. Il doit nous écouter, il n’a pas le choix. Nous ne sommes pas des diables et personne ne nous a payés pour venir à cette manifestation. On demande à ce que la Constitution qui lui a permis de devenir président soit à nouveau appliquée. C’est un coup d’État, ce qu’il a fait, c’est ce qu’on dit dès le début et c’est ce qu’on continuera à dire », témoigne une femme.

À deux pas de cette femme, un attroupement se forme. Une équipe de la télévision nationale en pleine interview avec un député est chahutée par les manifestants qui l’accusent d’être à la solde du pouvoir. « Vous êtes les médias de la honte ! Les médias de la honte ! Dégage ! Dégage ! », hurlent les manifestants.

« On continuera les manifestations jusqu’à ce que le président nous entende. Il va devoir nous écouter qu’il le veuille ou non ! », rajoute un homme. De nombreuses insultes et propos haineux envers le président tunisien ont émaillé cette manifestation qui se tenait alors que l’état d’exception entre dans sa douzième semaine.

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