En Tunisie, Kaïs Saïed face à un référendum critiqué sur une nouvelle Constitution

Des Tunisiens manifestent contre le projet de Constitution de Kaïs Saïed, dont le référendum a lieu le 25 juillet 2022.
Des Tunisiens manifestent contre le projet de Constitution de Kaïs Saïed, dont le référendum a lieu le 25 juillet 2022.

Des Tunisiens manifestent contre le projet de Constitution de Kaïs Saïed, dont le référendum a lieu le 25 juillet 2022.

TUNISIE - Vers la fin du Printemps arabe en Tunisie? Ce lundi 25 juillet, plus de 9 millions de Tunisiens sont appelés à voter sur une nouvelle loi fondamentale lors d’un référendum qui a de fortes chances d’être adopté et qui devrait octroyer de larges pouvoirs au président Kaïs Saïed.

Le projet du chef de l’État prévoit un président exerçant le pouvoir exécutif, appuyé par un chef de gouvernement qu’il désigne et peut révoquer, sans passer par le Parlement. Les propositions du chef de l’État bénéficieront aussi d’un “traitement prioritaire”, détaille TV5 Monde.

Le rôle du Parlement est en revanche fortement réduit, une nouvelle chambre des régions est créée pour contrebalancer le poids de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). La justice sera moins indépendante: les juges seront nommés par ordonnance présidentielle, ils n’auront pas le droit de grève et pourront être plus facilement révoqués par l’exécutif, ajoute TV5 Monde.

Un projet de Constitution “inquiétant”

L’opposition et diverses ONG, qui se sont mobilisées ces derniers mois contre la politique de Kaïs Saïed, ont appelé au boycott du référendum, disant redouter le retour à un régime “dictatorial” comme celui de Zine El Abidine Ben Ali, renversé par la Révolution de 2011. La nouvelle Constitution adoptée en 2014 donnait alors beaucoup plus de pouvoir au Parlement, contrairement au projet de Saïed.

“Ce projet démantèle nombre des garanties figurant dans la Constitution post-révolution tunisienne et n’apporte pas de garanties institutionnelles pour les droits humains”, déclarait dans un communiqué Heba Morayef, directrice régionale d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Un message “inquiétant”, jugeait-elle, d’autant que la “nouvelle Constitution à été élaborée en vase clos. La population n’a pas eu accès aux travaux du Haut comité et n’a pas bénéficié de la possibilité d’engager le dialogue dans le cadre de ce processus”, contrairement au texte voté en 2014.

L’opposition tente de se mobiliser

Dans ce contexte, plusieurs centaines de personnes ont manifesté samedi 23 juillet dans la capitale tunisienne contre le projet de nouvelle Constitution. Certains protestataires ont demandé le départ immédiat de Kaïs Saïed, selon des journalistes de l’AFP.

“Dégage”, “le peuple veut la chute du (président) Kaïs Saïed, le peuple veut la chute de la Constitution”, ont notamment scandé les manifestants rassemblés à l’appel du Front du Salut national (FSN), une coalition d’opposants. Selon les observateurs, ils étaient moins d’un millier.

Les manifestants ont notamment brandi le drapeau national et parmi eux figuraient des élus du parti d’inspiration islamiste Ennahdha, bête noire du président Saïed, qu’ils ont accusé une nouvelle fois d’avoir mené un “coup d’État” il y a un an.

Saïed a les pleins pouvoirs depuis 2021

Alors que le pays faisant figure de modèle de transition démocratique réussie, depuis le 25 juillet 2021, le président tunisien s’est arrogé les pleins pouvoirs en limogeant le Premier ministre et en suspendant le Parlement. Il affirmait alors vouloir “sauver” le pays, rongé par des mois de blocages politiques et un nouveau pic meurtrier de la pandémie de Covid-19. Il a finalement dissous le Parlement fin mars, faisant vaciller la jeune démocratie, berceau du Printemps arabe en 2011.

“Une année est passée et Saïed a échoué à gérer le pays et à présenter une vision claire”, a déclaré Imed Khemiri, porte-parole d’Ennahdha à l’adresse de la foule, réunie sur l’avenue Habib Bourguiba, cœur battant de Tunis, sous la surveillance d’un imposant dispositif policier. Le président est toutefois toujours soutenu par une frange de la population.

“Saïed recevra lundi une bonne gifle parce que le peuple va lui montrer son désintérêt” pour la nouvelle Constitution, a assuré en tribune, le président du FSN, Ahmed Nejib Chebbi, vétéran de la scène politique. Peu importe le résultat ou l’abstention, le président compte bien mettre en place sa Constitution, taillée sur-mesure.

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