Tunisie : le jasmin fané de la révolution

Par notre correspondant à Tunis, Benoît Delmas
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Dix ans après la révolution de Jasmin, le portrait de Mohamed Bouazizi est affiché sur la façade de La Poste. Chaque jour, des manifestations ont lieu sur place pour réclamer des emplois et plus de justice.
Dix ans après la révolution de Jasmin, le portrait de Mohamed Bouazizi est affiché sur la façade de La Poste. Chaque jour, des manifestations ont lieu sur place pour réclamer des emplois et plus de justice.

À date fixe, mi-décembre, la Tunisie observe avec inquiétude la feuille de température des mouvements humains. Grèves, sit-in, violences : c'est l'heure du bilan d'étape dix années après son entrée dans « le club des démocraties », selon les propos tenus à l'époque lors d'un G7 consacré au berceau du Printemps arabe. Le Premier ministre d'alors, Béji Caïd Essebsi, précisait à ses hôtes, les chefs d'État, qu'« il n'y a jamais eu de printemps, tout juste le début d'un hiver ». Celui qui deviendra président de la République fin 2014 douchait ainsi l'enthousiasme de certains de ses interlocuteurs. L'éviction de vingt-trois années de dictature via une révolution horizontale, sans leaders ni idéologie autre qu'un désir de « dignité » (« karama ») et d'emplois avait suscité une sympathie internationale spontanée. Une partie de la population sans armes avait triomphé d'un État policier. Le jasmin fut le produit vedette du début d'année 2011. Un produit maghrébin qui ricocha jusque dans les royaumes du Golfe. Dans les sables de Djeddah Ben Ali alla se réfugier, faute d'un pays plus accueillant. Le mouroir des dictateurs abritait un nouveau pensionnaire. Ce « petit » pays (12 millions d'habitants) a déclenché un tsunami. Dix ans plus tard, la morosité se conjugue à une amertume. Le jasmin a fané.

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