"Tueur": Poutine se moque de Biden, promet de défendre les intérêts russes

Antoine LAMBROSCHINI
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Le président russe Vladimir Poutine s'est moqué jeudi de son homologue américain Joe Biden, qui l'avait traité la veille de "tueur", avant de réaffirmer que la Russie défendra ses intérêts face aux Etats-Unis.

Cette passe d'armes verbale semble précipiter la relation américano-russe dans une nouvelle spirale de tensions alors que, malgré leurs multiples désaccords, les deux puissances disaient, depuis le changement d'administration américaine, vouloir coopérer sur des dossiers d'intérêts communs.

"C'est celui qui le dit qui l'est !", a lâché M. Poutine selon des propos retransmis à la télévision russe: "Ce n'est pas juste une expression enfantine (...), nous voyons toujours en l'autre nos propres caractéristiques".

La veille, Joe Biden avait répondu par l'affirmative à un journaliste lui demandant si le maître du Kremlin était "un tueur".

"Nous défendrons nos propres intérêts et nous travaillerons avec (les Américains) aux conditions qui nous seront avantageuses", a insisté Vladimir Poutine.

Au-delà des échanges de piques, Moscou a clairement souligné que les remarques de M. Biden étaient à ses yeux inacceptables.

Fait inédit depuis 1998, le ministère russe des Affaires étrangères a rappelé son ambassadeur aux Etats-Unis pour des consultations sur l'avenir de la relation russo-américaine, plongée dans "l'impasse".

Car, selon l'ambassade russe à Washington, les "déclarations irréfléchies de responsables américains risquent d'entraîner l'effondrement de relations déjà excessivement conflictuelles".

- "Prix à payer" -

Le Kremlin a lui dénoncé des propos démontrant que M. Biden "ne veut clairement pas améliorer les relations avec notre pays".

Seul signe jusqu'ici de désescalade, le département d'Etat américain a assuré à l'AFP qu'il ne prévoyait pas de rappeler son propre représentant à Moscou.

Dans un entretien mercredi à la chaîne ABC, en plus de sa réponse affirmative dépeignant Vladimir Poutine en "tueur", M. Biden a tapé du point sur la table face au dirigeant russe et dit vouloir lui faire "payer" l'ingérence dans les élections américaines de 2016 et 2020, accusations que Moscou a toujours démenti.

Vladimir Poutine "en paiera les conséquences", a prévenu Joe Biden.

Ces propos ont été qualifiés mercredi par le président de la chambre basse du Parlement russe, Viatcheslav Volodine, d'"insulte" aux Russes et d'"attaque" contre son pays.

Un vice-président de la chambre haute, Konstantin Kossatchev, a lui demandé "des explications et des excuses".

Réaction étrangère, le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas a salué jeudi le "langage très clair" des Etats-unis à l'égard de la Russie tout en disant souhaiter "maintenir la fenêtre de dialogue ouverte avec Moscou" sur le désarmement ou le changement climatique.

Les relations russo-américaines en particulier, et russo-occidentales en général, sont délétères depuis des années : annexion de la Crimée, guerre en Ukraine, conflit en Syrie ou encore l'empoisonnement et l'emprisonnement de l'opposant Alexeï Navalny...

- Coopération naissante menacée -

De multiples trains de sanctions et contre-sanctions ont été adoptés en conséquence. Le gouvernement américain a annoncé mercredi encore qu'il étendait les restrictions d'exportation de produits sensibles vers la Russie.

Jeudi, le G7 a lui une fois de plus dénoncé "l'occupation" de la Crimée. M. Poutine a répliqué à Joe Biden lors d'une visio-conférence avec des représentants de la société civile de cette péninsule.

Le président américain affiche depuis son arrivée à la Maison Blanche en janvier une grande fermeté à l'égard du Kremlin, par opposition avec la bienveillance souvent reprochée à son prédécesseur Donald Trump jusque dans son camp républicain.

Mais la brusque dégradation des rapports russo-américains depuis l'interview de mercredi pourrait menacer la coopération naissante sur des dossiers d'intérêt commun.

L'exemple le plus marquant a encore été cité par M. Biden mercredi: le prolongement en début d'année du traité de limitation des arsenaux nucléaires New Start.

D'autres sujets sur lesquels Russes et Américains tablaient sur des compromis pragmatiques sont le nucléaire iranien, les pourparlers de paix en Afghanistan ou encore la crise climatique, selon Moscou.

M. Biden a d'ailleurs réaffirmé vouloir "travailler" avec les Russes "quand c'est dans notre intérêt commun".

Mais la Maison Blanche a également insisté que son locataire n'allait pas pour autant "taire ses inquiétudes au sujet de ce qu'il considère être des actes néfastes".

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