"Tueur de DRH": Gabriel Fortin se retire dès le début de son procès en appel

Le palais de justice de Grenoble avant le début du procès en appel de Gabriel Fortin devant la Cour d'assises de l'Isère, le 13 mai 2024 (OLIVIER CHASSIGNOLE)
Le palais de justice de Grenoble avant le début du procès en appel de Gabriel Fortin devant la Cour d'assises de l'Isère, le 13 mai 2024 (OLIVIER CHASSIGNOLE)

"Je ne souhaite pas assister aux débats": Gabriel Fortin, surnommé "le tueur de DRH", a annoncé dès l'ouverture de son procès en appel, lundi à Grenoble, ne plus vouloir comparaître, n'ayant "rien à dire" sur sa mortelle équipée de 2021, au grand dam des parties civiles.

Vêtu de noir, crâne rasé et léger embonpoint, l'accusé, dont la présence était incertaine, a finalement fait son entrée peu après 14H00 dans le box vitré de la cour d'assises de l'Isère, qui le juge jusqu'au 29 mai pour trois assassinats et une tentative d'assassinat. Mais il n'y est resté qu'une heure et demie à peine.

Le tirage au sort des jurés tout juste terminé, Fortin demande soudainement la parole pour déclarer qu'il ne souhaite "ni assister aux débats", ni "venir dans cette enceinte".

"Je n'ai rien à dire", poursuit-il. "Je souhaite quitter le bâtiment et ne pas revenir dans les prochains jours." La présidente fait "acter" cette demande, tout en lui signifiant qu'il doit rester dans les geôles du Palais de justice et pourrait être contraint à comparaître ultérieurement.

Jugé en première instance à Valence, Gabriel Fortin, 49 ans, avait été condamné en juin 2023 à la réclusion à perpétuité, assortie d'une mesure de sûreté de 22 ans. Il avait aussitôt fait appel de ce verdict.

A l'époque déjà, il avait refusé d'expliquer ses actes, déclarant là aussi qu'il n'avait "rien à dire". Les jurés avaient retenu que des troubles psychiques avaient altéré son discernement, sans pour autant appliquer de diminution de peine.

Une nouvelle expertise psychiatrique a été réalisée depuis, selon la présidente de la cour, et sa santé mentale sera l'un des enjeux du procès.

Pour Jean-Luc Pasquion, veuf de l'une des victimes, si Fortin se retire, c'est qu'il est "lâche" et n'ose pas "affronter ses victimes". "Un type comme ça, s'il ressort, il refait la même chose. Donc fou ou pas, il faut confirmer la peine", a-t-il estimé.

- "Trop facile" -

L'accusé est certes dans son droit en refusant de comparaître mais un procès dans de telles conditions "n'est pas équitable pour les parties civiles", souligne pour sa part Me Alain Jakubowicz, représentant de Pôle emploi. "C'est trop facile de se tenir caché comme un lâche!", lance-t-il à l'audience.

"Je préférerais qu'il soit là et puisse au moins écouter si ce n'est entendre la voix des victimes", renchérit Bernard Simier, pour le ministère public.

"La cour arbitrera demain et éventuellement les autres jours", leur répond la présidente avant de poursuivre l'audience devant un box qui restera vide jusqu'à la fin de cette première journée.

- "Malade" -

Premier témoin appelé à la barre, son frère aîné Olivier dépeint longuement leur enfance sans père mais "normale", puis l'évolution de leurs rapports, de plus en plus distendus après l'adolescence.

Il ignorait notamment que son cadet était devenu membre d'un club de tir: "Si je l'avais su, je me serais beaucoup plus inquiété, c'eût été un indice important", lance-t-il. "Pour moi, il est malade, il est fou. Il n'est pas le Gabriel que j'ai connu avant".

Après lui, ce sera le tour de sa tante Magali Fortin de décrire les problèmes de santé rencontrés par la mère de Fortin et ses rapports compliqués avec le reste de sa famille.

Trois des victimes de Fortin avaient été associées à ses licenciements et la quatrième travaillait dans une agence Pôle emploi de Valence qu'il avait fréquentée.

Il était apparu lors du premier procès que l'ingénieur discret habitant Nancy, amateur de tir sportif et socialement isolé, vivait le chômage comme une injustice et ne supportait pas son déclassement social.

Pour Bertrand Meichel, qui avait réussi à lui échapper lorsqu'il s'était présenté armé à son domicile, nouvelle expertise ou pas, il n'y a "rien de neuf" à attendre de ce procès, ni du comportement de l'accusé. "Je n'ai aucune attente. S'il bouge, je ne peux être qu'agréablement surpris".

ahe/lv/or