Tuerie de Chevaline: retour sur neuf ans de fausses pistes

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Panneau indiquant l'entrée de la commune de Chevaline, en Haute-Savoie. - Jean-Pierre Clatot - AFP
Panneau indiquant l'entrée de la commune de Chevaline, en Haute-Savoie. - Jean-Pierre Clatot - AFP

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C'est un meurtre "particulièrement horrible et particulièrement hors-normes", selon les mots du procureur de la République d'Annecy, qui donne du fil à retordre aux enquêteurs depuis 2012. Une nouvelle fois, l'enquête sur la tuerie de Chevaline a fait fausse route : mercredi, un homme a été placé en garde à vue, en Haute-Savoie, avant d'être relâché ce jeudi, sans qu'aucune charge ne soit retenue contre lui.

Cela fait neuf ans que l'enquête piétine. Le 5 septembre 2012, un couple britannique d'origine irakienne ainsi que la mère de l'épouse sont abattus à bord de leur voiture sur une route forestière à la frontière de la commune de Chevaline. Leur fille de 7 ans est grièvement blessée et est transportée jusqu'au CHU de Grenoble. Sa petite soeur, âgée de 4 ans, est retrouvée vivante plusieurs heures après; elle s'est cachée parmi les bagages aux pieds de sa mère, pétrifiée.

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La famille est alors en vacances près du lac d'Annecy. Un cycliste, qui se trouvait là certainement au mauvais moment, est aussi abattu et sera considéré comme une victime collatérale.

Coup de folie? Assassinat? Crime crapuleux? Vengeance familiale? Dès l'ouverture de l'enquête, le procureur Eric Maillaud et les gendarmes n'excluent aucune hypothèse quant au motif de la tuerie.

Des hypothèses qui tombent à l'eau une à une

Une semaine après le drame, le 12 septembre, Eric Maillaud déclare qu'il existe "trois grands axes à privilégier: le métier, la famille, l'Irak". Se retrouvent notamment dans le viseur des enquêteurs les activités professionnelles de Saad al-Hilli, le père, mais l'hypothèse n'est finalement pas concluante. Les autorités tentent également de savoir si les motivations du tueur peuvent trouver leurs racines en Irak, pays dont la famille était originaire.

La piste d'un différend familial est aussi évoquée alors que des conflits entre le père et son frère au sujet d'un héritage sont mis au jour. Ce dernier, qui s'est présenté aux autorités britanniques après l'annonce du décès de Saad al-Hilli, soutient qu'il n'est pas impliqué. Là encore, les recherches ne donnent rien.

Rapidement, une nouvelle théorie vient se greffer aux trois premières: c'est cette fois le frère de l'épouse de Saad al-Hilli qui pourrait être impliqué dans la tuerie. La presse britannique rapporte à ce moment-là qu'il s'était déjà montré violent. Mais il est rapidement établi que le suspect était hospitalisé dans un service de psychiatrie au moment des faits.

Deux mois après le drame, l'enquête semble au point mort. "C'est rare dans ce type de dossier, mais les enquêteurs français comme les enquêteurs britanniques confient unanimement une absence de conviction personnelle", commente alors le procureur de la République de Grenoble dans Le Monde.

La piste du motard

Un an plus tard, les recherches peinent toujours à avancer, à ceci près que les enquêteurs ont une certitude: ils sont persuadés que le tireur est expérimenté, puisque ses balles ont quasiment toutes atteint leurs cibles.

En parallèle, les gendarmes s'intéressent à une moto, qui aurait été aperçue par plusieurs personnes au moment des faits. Dès les premiers jours de l'enquête, un appel à témoins est diffusé pour tenter de faire la lumière sur l'identité du conducteur, mais personne ne se manifeste. Les autorités finissent par publier, un an plus tard, le portrait-robot d'un motard barbu, portant un casque intégral à visière.

Un suspect fini par être interpellé en mars 2015 grâce au bornage des téléphones qui sont passés par la route forestière où la famille a trouvé la mort un an et demi auparavant. L'homme placé en garde à vue est un chef d'entreprise lyonnais, et il explique être venu faire du parapente près d'Annecy le jour du drame. Après vérification de son récit, il est mis hors de cause.

Comment expliquer que ce motard ait été de nouveau placé en garde à vue mercredi, presque sept ans plus tard? Le parquet d'Annecy a rapporté vouloir faire de nouvelles vérifications concernant son emploi du temps.

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La garde à vue de l'homme a fini par être levée ce jeudi, sans qu'aucun motif ne soit retenu contre lui. Une nouvelle fausse piste dans l'enquête, mais du soulagement pour le motard, rapporte son avocat, Me Basson-Larbi.

"Il a vécu presque 48 heures d'enfer, il va mettre du temps à s'en remettre. La violence de ce qu'il a subi est inouïe", souligne-t-il.

"Les explications données et les vérifications opérées ont permis d'écarter son éventuelle participation aux faits" et "la garde à vue (...) a été levée ce jour à 17 heures 30", indique le parquet dans un communiqué précisant que "les investigations continuent pour identifier le ou les auteurs du crime".

Article original publié sur BFMTV.com

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