Trump voulait empêcher la libération anticipée du "taliban américain"

John Walker Lindh, un Américain capturé en 2001 alors qu'il combattait au côté des taliban en Afghanistan, a bénéficié jeudi d'une libération anticipée, une décision judiciaire qui suscite la controverse aux Etats-Unis. Selon le Washington Post, qui cite ses avocats, il a quitté dans la journée la prison fédérale de Terre Haute (photo). /Photo prise le 22 mai 2019/REUTERS/Bryan Woolston

WASHINGTON (Reuters) - John Walker Lindh, un Américain capturé en 2001 alors qu'il combattait au côté des taliban en Afghanistan, a bénéficié jeudi d'une libération anticipée, une décision judiciaire qui suscite la controverse aux Etats-Unis.

Aujourd'hui âgé de 38 ans, le "taliban américain", qui avait été condamné à vingt ans de prison, a purgé 17 années de sa peine. Selon le Washington Post, qui cite ses avocats, il a quitté dans la journée la prison fédérale de Terre Haute, dans l'Indiana, en régime de liberté conditionnelle.

S'exprimant devant les journalistes à la Maison blanche, Donald Trump a déclaré avoir demandé aux avocats de l'administration américaine s'il existait une voie juridique pour empêcher la libération de Lindh, précisant que la réponse fut négative.

"Ce qui me dérange plus que tout, c'est qu'il s'agit d'un homme qui n'est pas revenu sur ses propos de semer la terreur, et que nous devons le laisser sortir. Est-ce que je suis heureux de cela ? Pas le moins du monde", a dit le président américain.

Un peu plus tôt, le secrétaire d'Etat Mike Pompeo s'est ému de cette décision "inexplicable" et "inconsciente".

Lindh, a-t-il poursuivi sur l'antenne de Fox News, "est toujours une menace contre les Etats-Unis d'Amérique". "Il y a là quelque chose de profondément choquant et d'inadmissible."

Né dans une famille catholique, converti à l'islam durant son adolescence, Lindh a expliqué lors de son procès qu'il s'était rendu au Yémen pour y apprendre l'arabe puis au Pakistan pour y étudier l'islam.

C'est là qu'il s'est enrôlé dans les rangs des taliban pour aider, dit-il, ses coreligionnaires dans leur "djihad". Il a affirmé n'avoir jamais eu l'intention de "combattre l'Amérique" et a condamné le "terrorisme à tous ses niveaux".

Mais un rapport du Centre national de l'antiterrorisme, une agence fédérale, datant de janvier 2017, publié par la revue Foreign Policy, le décrit comme continuant, en mai 2016, "à militer pour le djihad mondial et à écrire et traduire des textes extrémistes violents".

NBC évoque par ailleurs une lettre envoyée par Lindh en 2015 à une station de radio de Los Angeles dans laquelle il apporte son soutien au groupe Etat islamique, estimant qu'il répond à "une obligation religieuse d'établir un califat par le biais d'une lutte armée".

Dans un courrier adressé à l'administration pénitentiaire fédérale, les sénateurs Richard Shelby et Margaret Hassan demandent quelle entité est chargée de faire en sorte que "les criminels terroristes/extrémistes seront réintégrés avec succès dans la société".


(Doina Chiacu, avec Jeff Mason à Washington et Andrew Hay à Taos, Nouveau-Mexique; Henri-Pierre André et Jean Terzian pour le service français)