Trump préfère couper les ponts avec les PDG qui le conseillaient

par David Shepardson
Donald Trump a démantelé mercredi deux commissions consultatives formées de chefs d'entreprise prestigieux, dont un nombre croissant avaient de toute façon annoncé leur démission pour protester contre sa réaction aux violences du week-end dernier lors d'un rassemblement de l'extrême droite à Charlottesville, en Virginie. /Photo prise le 14 août 2017/REUTERS/Jonathan Ernst

par David Shepardson

WASHINGTON (Reuters) - Donald Trump a démantelé mercredi deux commissions consultatives formées de chefs d'entreprise prestigieuses qui étaient de plus en plus nombreux à avoir annoncé leur démission pour protester contre sa réaction aux violences du week-end dernier lors d'un rassemblement de l'extrême droite à Charlottesville, en Virginie.

"Plutôt que de faire pression sur les hommes d'affaires du Conseil des industriels et sur le Forum de stratégie et de politique, je les arrête tous les deux. Merci à tous", a tweeté le président.

Ces deux commissions censées le conseiller sur sa politique industrielle et économique enregistraient un nombre croissant de démissions qui rendaient leur avenir hypothétique, du moins dans leur composition actuelle.

Dans la journée, Stephen Schwarzman, PDG du fonds d'investissement Blackstone qui présidait le Forum de stratégie et de politique, a pris l'initiative d'une conférence téléphonique pour sonder ses pairs et constaté qu'une majorité écrasante de ses membres étaient partisans d'une autodissolution, ont rapporté deux sources à Reuters. Ce proche allié de Trump dans le monde des affaires l'a alors appelé pour l'informer, et le président a annoncé que c'était lui qui avait débranché ces deux commissions.

Dans une déclaration, le Forum explique que "l'intolérance, le racisme et la violence n'ont absolument aucune place dans notre pays".

Quelques minutes avant le tweet de Trump, une source avait confirmé à Reuters que des membres du Forum de stratégie et de politique avaient décidé d'autodissoudre cette instance.

CNBC, premier média à donner l'information, précisait que ces hommes d'affaires avaient décidé d'agir "en tant que groupe" pour "condamner" les propos de Trump sur les violents incidents de Charlottesville, et notamment son revirement de mardi soir.

La double dissolution a mis sous pression la Bourse de New York, qui a fini en légère hausse mais en retrait par rapport à ses pics du jour. "Cela fait encore un peu plus douter des capacités du président à mettre en oeuvre sa politique", a expliqué David Schiegoleit, directeur des investissements chez Bank Private Wealth Management.

"ATTISER LES DIVISIONS N'EST PAS LA RÉPONSE"

Le président américain, qui avait condamné dans une courte allocution lundi à la Maison blanche le racisme, le Ku Klux Klan, les néonazis et les suprémacistes blancs, a en effet de nouveau renvoyé dos à dos les extrémistes de droite et de gauche au cours d'une conférence de presse houleuse mardi soir à la Trump Tower de New York, reprenant ses déclarations déjà contestées du week-end où il avait condamné les violences provenant "de nombreuses parties".

"Ça a été une véritable tempête. On ne sait pas ce qui nous attend, on ne sait pas ce qu'il va dire ou faire", a expliqué un de ces membres à CNBC.

Le revirement de Trump a réactivé les démissions de chefs d'entreprise.

Le mouvement avait été initié dès lundi par le PDG du groupe pharmaceutique Merck, Kenneth Frazier. Dans sa déclaration, Frazier, qui appartient à la communauté africaine-américaine, soulignait que "la force de notre pays découle de sa diversité et des contributions d'hommes et de femmes de fois, de races, d'orientations sexuelles et de convictions politiques différents".

D'autres avaient pris la suite, parmi lesquels Brian Krzanich, du géant des semi-conducteurs Intel, ou encore Kevin Plank, de l'équipementier sportif Under Armour.

Donald Trump avait alors réagi avec ironie à ces démissions. "Pour chaque PDG qui se retire du Conseil des industriels, j'en ai plein d'autres disposés à prendre leur place", avait-il notamment écrit sur son compte Twitter.

Mais le mouvement s'est intensifié après sa conférence de presse de mardi soir, avec les démissions annoncées mercredi de Larry Fink, du fonds d'investissement Blackrock, d'Alex Gorsky, PDG du groupe pharmaceutique diversifié Johnson & Johnson, ou bien encore d'Inge Thulin, du groupe 3M, le fabricant du Scotch et des Post-it.

"Le racisme et le meurtre sont condamnables sans équivoque possible et ne sont moralement équivalents à aucun autre fait qui s'est produit à Charlottesville", a déclaré Denise Morrison, la PDG des soupes Campbell, qui était elle aussi démissionnaire.

Jamie Dimon, le président de la banque JP Morgan Chase, a également marqué sa forte opposition aux propos de Trump. "Le racisme, l'intolérance et la violence sont toujours une faute", a-t-il dit dans un communiqué. "Attiser les divisions n'est pas la réponse."

Richard Trumka, président de l'AFL-CIO, et Thea Lee, secrétaire générale adjointe de la confédération syndicale, avaient également quitté le Conseil des industriels dès mardi soir. "Je ne peux pas siéger dans un conseil pour un président qui tolère le sectarisme et le terrorisme intérieur", a dénoncé Trumka.

(avec Susan Heavey à Washington, Michael Erman à New York et Aparajita Saxena à Bangalore; Bertrand Boucey et Henri-Pierre André pour le service français)

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