Donald Trump et la Russie, l'affaire qui ne s'éteint pas

Ivan Couronne

Washington (AFP) - Donald Trump reste englué dans des accusations de collusion avec Moscou, chaque semaine complétant le tableau des contacts entre son entourage et des responsables russes au cours de la campagne électorale de 2016. Des liens innocents, martèle le président américain.

Le milliardaire a dénoncé une "chasse aux sorcières".

Il s'en est pris à la fuite d'informations confidentielles dans la presse, pointant du doigt ses propres services de renseignement, qui enquêtent depuis l'an dernier sur la campagne de désinformation et de piratage lancée par Moscou pour déstabiliser le processus électoral américain et discréditer la candidate démocrate Hillary Clinton.

Tweetant une photo d'archive du chef de file des démocrates du Sénat, Chuck Schumer, mangeant un beignet en compagnie de Vladimir Poutine en 2003, le président américain a écrit: "Nous devrions lancer une enquête immédiate sur les liens du sénateur Schumer avec la Russie et Poutine. Quel hypocrite!"

A quoi le sénateur new-yorkais a répondu qu'il serait heureux de parler de la visite officielle du président russe, ajoutant: "Vous et votre équipe êtes-vous prêts à le faire?"

La presse a révélé cette semaine que l'ambassadeur russe aux Etats-Unis, Sergueï Kisliak, avait rencontré avant et après l'élection plusieurs conseillers ou proches du président républicain.

- Conseillers, famille -

En marge de la convention d'investiture du parti républicain, en juillet à Cleveland, deux ex-conseillers du candidat, J.D. Gordon et Carter Page, ont rencontré le diplomate russe à une conférence, a rapporté USA Today.

Jeff Sessions, un fidèle du candidat qui était alors sénateur, y a également vu M. Kisliak. Il l'a revu dans son bureau, au Congrès, en septembre, alors même que la Russie était déjà soupçonnée publiquement d'avoir piraté le parti démocrate.

Des rencontres anodines, selon Jeff Sessions, devenu entre temps ministre de la Justice. Mais qu'il avait omis de révéler jusqu'à ce que le Washington Post les découvre.

Le fils aîné Donald Trump Jr. s'est rendu en octobre à Paris pour une conférence rémunérée au moins 50.000 dollars et organisée par un centre de réflexion proche de Moscou, le Center of Political and Foreign Affairs.

En décembre, on retrouve M. Kisliak à la Trump Tower pour une courte visite où il a vu l'influent gendre du président, Jared Kushner, ainsi que le général à la retraite Michael Flynn, avec lequel il a multiplié les coups de fil après l'imposition de sanctions contre la Russie par l'administration Obama. M. Flynn, nommé conseiller à la sécurité nationale, a démissionné le 13 février.

Sans compter le passé de Paul Manafort, ancien président de l'équipe de campagne du républicain, qui en tant que lobbyiste international a fréquenté les milieux pro-russes.

- Puzzle russe -

La défense de la Maison Blanche est que rien, dans ces contacts, ne permet d'établir une quelconque collusion. On ignore aussi la teneur des communications repérées par les services de renseignement américains.

"Toute cette histoire est une façon de ne pas perdre la face pour les démocrates qui ont perdu une élection que tout le monde croyait imperdable", a accusé le président américain.

La Maison Blanche a indiqué que des dizaines d'ambassadeurs s'étaient rendus à la Trump Tower pendant la transition. Le Français Gérard Araud en fait partie, confirme-t-on de source diplomatique.

La multiplicité des contacts trouble pourtant à Washington, où la Russie compte peu d'amis.

Aucun sénateur n'a fait savoir qu'il avait rencontré individuellement M. Kisliak. Et aucun membre de l'équipe de campagne d'Hillary Clinton n'a rencontré de responsable russe, a confirmé à l'AFP le porte-parole de la démocrate.

Sous pression de l'opposition et de la majorité, le ministre Jeff Sessions s'est récusé jeudi dans toute enquête portant sur la campagne électorale, tout en niant toute conversation illicite.

Cette récusation n'a pas apaisé ceux qui soupçonnent toujours l'exécutif de dissimulation, en parallèle des propos admiratifs de Donald Trump pour Vladimir Poutine ces dernières années.

L'opposition continue de réclamer sa démission et la nomination d'un procureur indépendant.

Plusieurs démocrates soupçonnent en outre le directeur du FBI, James Comey, de faire de la rétention d'information vis-à-vis des parlementaires qui enquêtent de leur côté.

Le sénateur Chris Coons a affirmé vendredi qu'il existait des retranscriptions de conversations "très utiles" pour déterminer l'existence ou non d'une collusion entre hauts responsables de l'équipe Trump et Moscou, et appelé le FBI à les transmettre au Congrès.

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