Trump prend ses distances face à la solution à deux Etats

Recevant à la Maison blanche le Premier ministre israélien, Netanyahu, Trump s'est engagé mercredi à soutenir l'objectif d'un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens sans se dire explicitement en faveur d'une solution à deux Etats. /Photo prise le 15 février 2017/REUTERS/Kevin Lamarque

WASHINGTON (Reuters) - Donald Trump s'est engagé mercredi à soutenir l'objectif d'un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens sans se dire explicitement en faveur d'une solution à deux Etats.

Recevant pour la première fois à la Maison blanche le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, pour qui il a littéralement déroulé le tapis rouge, il l'a invité à faire preuve de modération dans sa politique de colonisation juive dans les territoires occupés par Israël.

"J'aimerais vous voir revenir un petit peu sur ces colonies", a-t-il dit lors d'une conférence de presse commune.

Depuis l'investiture de Donald Trump le 20 janvier, Benjamin Netanyahu a approuvé la construction de 6.000 logements supplémentaires en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, s'attirant une condamnation de la communauté internationale et de l'Onu, à laquelle les Etats-Unis ne se sont pas joints.

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, s'est dit en accord avec les propos de Donald Trump sur les colonies de peuplement. Dans un communiqué émis à Ramallah (Cisjordanie), il invite Israël à répondre à cet appel et à celui de la communauté internationale "en cessant toutes ses activités de colonies, y compris à Jérusalem-Est".

S'agissant du conflit au Proche-Orient en général, Donald Trump a réaffirmé la ligne traditionnelle préconisée à Washington, à savoir que les Etats-Unis encourageront un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens.

"Nous allons y travailler de manière très diligente", a-t-il dit, sans offrir de nouvelles perspectives. "Mais il incombe aux parties elles-mêmes de négocier directement un tel accord".

Le nouveau président américain a toutefois paru prendre ses distances par rapport à la solution des deux Etats privilégiée traditionnellement à Washington.

"Je regarde la solution à un Etat, et la solution à deux Etats (...) et si Israël et les Palestiniens sont contents, je suis content avec ce qu'ils préfèrent", a-t-il déclaré.

POSSIBLE CHANGEMENT DE POLITIQUE

Depuis des décennies, la solution fondée sur le principe de coexistence pacifique de deux Etats a été au centre de la position de Washington et de la communauté internationale.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a d'ailleurs brandi mercredi le risque du renoncement à une solution à deux Etats.

"Il n'y a pas d'autre solution au problème entre Palestiniens et Israéliens, pas d'autre que la solution consistant à établir deux Etats, et nous devrions faire tout notre possible pour la maintenir", a-t-il dit lors d'une visite au Caire.

Un éventuel revirement de la présidence américaine sur cet aspect provoquerait sans doute la colère du monde musulman, notamment des pays sunnites qui soutiennent les Etats-Unis dans leur combat contre le groupe djihadiste Etat islamique et l'Iran chiite.

Les Palestiniens ont d'ailleurs lancé mercredi une mise en garde à l'administration américaine contre l'abandon de ce principe, exprimant les craintes suscitées par les différentes déclarations de Donald Trump sur le sujet.

"Si l'administration Trump rejetait cette politique, cela détruirait les chances de paix et affaiblirait les intérêts, la position et la crédibilité des Américains à l'étranger", a dit Hanane Achraoui, membre de la direction de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).

"Une entente entre les éléments les plus extrémistes et irresponsables en Israël et à la Maison blanche n'est pas de nature à produire une politique étrangère responsable", a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Benjamin Netanyahu s'est engagé en faveur de cette solution à deux Etats lors d'un discours prononcé en 2009 et a plusieurs fois depuis lors réaffirmé cet objectif. Mais de nombreux membres de son gouvernement estiment que la situation n'est pas propice à la création d'un Etat palestinien en raison de l'instabilité régionale et des divisions palestiniennes.

Il s'est dit mercredi disposé à aborder le dossier "en substance" et non par le biais "d'annonces" et a rappelé les deux conditions posées par Israël à tout accord de paix : "Premièrement, les Palestiniens doivent reconnaître l'Etat juif (...) Deuxièmement, Israêl doit conserver le contrôle total de tout le secteur situé à l'ouest du Jourdain".

(Steve Holland et Luke Baker, avec Jeffrey Heller à Jérusalem, Ali Sawafta et Nidal al Moughrabi à Ramallah et Mostafa Hashem au Caire, Pierre Sérisier, Marc Angrand et Gilles Trequesser pour le service français)

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