Trump disposé à rencontrer le président iranien "sans conditions préalables"

Cyril JULIEN
Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo (à gauche) et le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin à Washington le 10 septembre 2019

Washington (AFP) - Donald Trump est toujours disposé à une rencontre "sans conditions préalables" avec son homologue iranien Hassan Rohani, selon des responsables américains qui ont annoncé mardi de nouvelles sanctions économiques contre Téhéran.

Cette annonce est intervenue quelques heures après le limogeage par le président américain de son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, un "faucon" de l'administration partisan d'une fermeté absolue sur le dossier iranien.

"Le président l'a dit clairement, il est prêt à une rencontre sans conditions préalables, mais nous maintenons la campagne de pression maximale", a dit le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche.

"Bien sûr", a ajouté le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, interrogé sur la possibilité d'une rencontre en marge de l'Assemblée générale de l'ONU à la fin du mois.

Les tensions entre les Etats-Unis et la République islamique, des ennemis historiques, sont exacerbées depuis le retrait de Washington en mai 2018 de l'accord international signé trois ans auparavant. Le texte, qui visait à empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire, était jugé trop laxiste par M. Trump.

Si les Etats-Unis ont depuis rétabli des sanctions draconiennes qui asphyxient l'économie iranienne, le magnat de l'immobilier souffle le chaud et le froid, entre extrême fermeté et volonté de négocier avec Téhéran.

L'idée d'un dialogue direct avait resurgi fin août lors du G7 en France, où le milliardaire républicain avait évoqué la possibilité d'autoriser l'ouverture d'une "ligne de crédit" limitée à l'Iran.

Donald Trump avait estimé début septembre qu'un face-à-face avec Hassan Rohani était "possible" lors du grand rassemblement annuel des Nations unies à New York. Mais le président iranien avait auparavant conditionné une rencontre à la levée de toutes les sanctions contre son pays.

- Accusations israéliennes -

Signe de la "pression maximale" visant à forcer Téhéran à rouvrir les négociations, Steven Mnuchin et Mike Pompeo ont présenté mardi un nouvel arsenal législatif de sanctions contre des organisations iraniennes ou alliées de l'Iran et considérées comme "terroristes", à la veille du 18e anniversaire des attentats du 11-Septembre.

Le chef de la diplomatie américaine avait accusé plus tôt l'Iran de "possibles activités nucléaires non déclarées", fustigeant son "manque de coopération totale" avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Les Etats-Unis s'opposeront "à toutes les voies menant à un armement nucléaire pour ce régime", a prévenu sur Twitter M. Pompeo.

La veille, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait affirmé que l'Iran, ennemi juré d'Israël, avait construit puis détruit un site visant à la fabrication d'armes nucléaires.

Selon M. Netanyahu, des documents iraniens obtenus par Israël avaient révélé l'identité de ce site stratégique jusqu'à présent inconnu.

Depuis que M. Trump a déchiré l'accord nucléaire signé entre l'Iran et les grandes puissances (Chine, Etats-Unis, France, Russie, Royaume-Uni et Allemagne), Téhéran s'est affranchi progressivement de certains de ses engagements.

L'AIEA a ainsi confirmé lundi l'installation par Téhéran de centrifugeuses avancées, et exhorté l'Iran à coopérer "pleinement" avec ses équipes pour respecter le traité de 2015.

L'ambassadrice américaine à l'AIEA, Jackie Wolcott, a appelé mardi le gendarme du nucléaire à donner "plus de détails dès que possible" sur les problèmes de coopération auxquels ses experts seraient confrontés avec l'Iran.

"Les démarches passées de l'Iran pour posséder l'arme nucléaire --et ses efforts pour dissimuler les informations de ses travaux passés sur le militaire nucléaire-- accentuent la préoccupation déjà grande avec laquelle nous voyons les évolutions en cours", a ajouté Mme Wolcott.

Téhéran a sans surprise salué le limogeage de John Bolton, qui avait selon des experts prôné pendant des années le bombardement de l'Iran pour stopper son programme nucléaire, soupçonné de cacher un volet militaire.

"La marginalisation de Bolton et son renvoi ne sont pas un accident, mais un signe clair de la défaite de la stratégie de pression maximale de l'Amérique" contre l'Iran, a tweeté Hesameddin Ashena, un conseiller du président iranien Hassan Rohani.

"Le blocus de l'Iran sera brisé", a assuré le conseiller.