Troisième jour de manifestations en Iran, premières victimes signalées

1 / 2

TROISIÈME JOUR DE MANIFESTATIONS EN IRAN

Des manifestants à Téhéran. Des vidéos mises en ligne dans la soirée sur les réseaux sociaux montrent deux jeunes Iraniens allongés au sol, inertes et couverts de sang, tués par des tirs des forces de sécurité iraniennes d'après les commentaires audio qui accompagnent ces enregistrements. /Image obtenue des réseaux sociaux le 30 décembre 2017/REUTERS

DUBAI (Reuters) - Des manifestations antigouvernementales ont éclaté samedi en Iran pour la troisième journée consécutive, s'étendant à Téhéran, tandis que des rassemblements pro-régime avaient lieu un peu partout dans le pays pour commémorer comme chaque année la fin du soulèvement post-électoral de 2009.

Des vidéos mises en ligne dans la soirée sur les réseaux sociaux montrent deux jeunes Iraniens allongés au sol, inertes et couverts de sang, tués par des tirs des forces de sécurité iraniennes d'après les commentaires audio qui accompagnent ces enregistrements.

Ces vidéos ont été tournées en marge d'un rassemblement antigouvernemental à Doroud, une ville de l'ouest du pays.

La télévision d'Etat a diffusé pour sa part des images d'un rassemblement pro-régime à Téhéran, et d'un défilé à Mashhad, la deuxième ville du pays, où la foule brandissait des portraits du Guide suprême de la révolution, l'ayatollah Ali Khamenei. Des rassemblements de ce type ont eu lieu dans 1.200 villes d'Iran, selon la télévision publique.

Ces défilés pro-gouvernementaux ont coïncidé avec une troisième journée de manifestations contre la vie chère. Téhéran, la capitale, a été gagnée par cette contestation qui, fait rare en Iran, a pris une tournure politique.

De nouvelles manifestations antigouvernementales ont également été signalées sur les réseaux sociaux à Kermanshah (ouest) ou encore à Shahr-e Kord (ouest). Des médias iraniens ont fait état de rassemblements dans les villes de Kashan (à 200 km environ au sud de Téhéran), Arak (ouest), Ahvaz (ouest), Zanjan (nord-ouest), Bandar Abbas (sud) et Kerman (sud-est).

A Mashhad, dans le nord-est, des vidéos diffusées sur les réseaux montrent des manifestants renversant un véhicule de police et incendiant des motos des forces de sécurité.


MISE EN GARDE DES PASDARAN

A Téhéran, l'agence de presse semi-officielle Fars a déclaré qu'environ 70 étudiants s'étaient regroupés devant l'université et avaient jeté des pierres en direction des forces de l'ordre. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, dont l'authenticité n'a pu être vérifiée, les montre en train de scander le slogan "Mort au dictateur", sans doute en référence à Ali Khamenei. Le slogan est audible sur des vidéos tournées dans d'autres villes.

Sur d'autres images postées ultérieurement, on voit la police anti-émeutes intervenir devant l'université en frappant et interpellant des étudiants. Les autorités ont fermé deux stations de métro proches de l'université "jusqu'à la fin des troubles", rapporte l'agence de presse Isna.

L'agence semi officielle Tasnim a diffusé des photographies de poubelles en flammes et d'abribus aux vitres brisées le long d'une rue adjacente à l'université.

Le général Esmail Kowsari, des gardiens de la Révolution, directeur adjoint de la sécurité pour Téhéran, a déclaré à l'agence Isna que la situation était "sous contrôle" dans la capitale et a prévenu que si les troubles se poursuivaient, les manifestants s'exposeraient au "poing de fer de la nation".

"Si des gens sont descendus dans les rues contre la vie chère, ils n'auraient pas dû scander ces slogans ni brûler des biens publics ou des véhicules", a-t-il ajouté.


"LES RÉGIMES OPPRESSEURS NE PEUVENT DURER ÉTERNELLEMENT",

TWEETE TRUMP

Les manifestations à caractère politique sont peu fréquentes en Iran, où les forces de sécurité sont omniprésentes. Les derniers rassemblements antigouvernementaux de grande ampleur, en 2009, visaient à protester contre la réélection du président d'alors, l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad.

Mais les autorités sont confrontées au mécontentement croissant de la population envers la politique économique du gouvernement du président Hassan Rohani, la corruption ou, fait nouveau, l'intervention coûteuse de l'Iran dans les conflits en Syrie ou en Irak.

Le taux de chômage atteint 12,4% de la population active et l'inflation avoisine les 8%, alors que les pénuries de certains produits alimentaires accroissent le sentiment de précarité de nombreuses familles.

Les premiers rassemblements ont eu lieu jeudi à Mashhad contre la hausse des prix, avant de s'étendre le lendemain et d'atteindre une ampleur jamais vue depuis 2009. La police a arrêté 52 personnes, selon une source judiciaire.

Ces arrestations ont été condamnées par la Maison blanche tandis que Donald Trump a souligné samedi sur Twitter que "les régimes oppresseurs ne peuvent durer éternellement, et le jour viendra où le peuple iranien devra faire un choix".

La veille, le président américain avait déjà tweeté sur les informations en provenance d'Iran.

"Le monde regarde ! Nombreuses informations sur des manifestations pacifiques de citoyens iraniens qui en ont assez de la corruption du régime et de la manière dont les richesses de la nation sont gaspillées pour financer le terrorisme à l'étranger", avait-il écrit.

"Le peuple iranien n'attache aucune valeur aux déclarations opportunistes de M. Trump", a répondu le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Bahram Qassemi.


"SITES INTERNET ET MÉDIAS ÉTRANGERS ENNEMIS"

La plupart des personnes interpellées ces derniers jours ont été relâchées, a déclaré la télévision publique, sans donner de détails.

"Les sites internet et médias étrangers ennemis continuent d'essayer d'exploiter les difficultés économiques et les doléances légitimes du peuple pour lancer des rassemblements illégaux et de possibles troubles", a-t-elle ajouté.

Les gardiens de la Révolution et les miliciens bassidji, qui avaient organisé la répression brutale du soulèvement démocratique de 2009, ont averti dans un communiqué repris par les médias d'Etat que "la nation iranienne (...) ne permettra pas qu'on blesse le pays".

Hassan Rohani, élu en 2013 et réélu en mai, a fait du redressement économique sa priorité. Mais de nombreux Iraniens estiment que leur sort ne s'améliore pas et dénoncent la corruption et la mauvaise gestion des deniers publics.

L'accord sur le nucléaire iranien de 2015, censé aboutir à une levée progressive des sanctions internationales contre Téhéran, n'a pas apporté les bénéfices économiques escomptés et promis par le gouvernement.


(Rédaction de Dubaï; Pierre Sérisier, Gilles Trequesser, Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour le service français)