Trois policiers mis en examen pour des violences sur un jeune homme de 19 ans

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La victime aurait notamment reçu plusieurs dizaines de décharges de taser (Photo : GUILLAUME SOUVANT/AFP via Getty Images)

Les faits se seraient déroulés le 29 janvier dernier du côté de Cormeilles-en-Parisis.

Sans le témoignage de l'un des policiers impliqués, l'affaire aurait très probablement été étouffée. Trois agents de la brigade anti-criminalité (BAC) d'Argenteuil ont été mis en examen pour avoir fait un usage disproportionné de la violence lors d'une interpellation, le 29 janvier dernier à Cormeilles-en-Parisis.

Franceinfo rapporte que la victime, un jeune homme âgé de 19 ans, se trouvait dans un hall d'immeuble avec des amis lorsqu'une équipe de cinq policiers est venue les contrôler. Après avoir tenté de fuir, le jeune homme a été rattrapé et appréhendé. C'est à ce moment que les agents ont trouvé dans le téléphone une photo compromettante d'un policier de leur service, "habillé en short en cuir, bas résille, et maquillé", qui les a apparemment fait sortir de leurs gonds.

"J'ai vu de la colère et de la haine dans les yeux des policiers"

"Tout est parti de cette photo, affirme ainsi le jeune homme, cité par Franceinfo. J'ai déjà pris des claques par des policiers mais là c'était autre chose. C'était des coups de taser, des coups de poings, pendant 40 minutes j'ai vraiment cru que j'allais mourir. Je leur ai dit d'arrêter mais ils ne se sont pas arrêtés (...) Je tremblais et je tombais. C'était trois policiers, un qui me mettait des coups de taser, et deux qui venaient de temps en temps pour me mettre des coups de coude ou des coups de pieds dans les jambes."

"J'ai vu de la colère et de la haine dans les yeux des policiers, poursuit la victime. Ils ont aussi traité ma mère de chienne, ils ont dit qu'ils allaient attraper ma copine et qu'ils voulaient la violer. Ils m'ont dit aussi qu'en arrivant au commissariat, je pouvais me faire violer aussi." Ces menaces n'ayant heureusement pas été mises à exécution, le jeune homme a finalement été libéré au bout de 40 minutes, "en boitant, porté par deux de ses amis" et "la bouche en sang".

Le taser mis en marche 27 fois en 10 minutes

Choquée de voir son fils arriver chez elle dans un tel état, la mère du jeune homme, qui réside dans ce quartier, a bien tenté de se rendre au commissariat pour obtenir des explications, mais s'est vu adresser une réponse glaçante. "Ils nous ont pris à partie, explique l'intéressée, ils nous ont dit : 'Qu'est ce que vous venez faire là ?', ils étaient arrogants. Ils nous ont dit : 'De toute façon c'est notre parole contre la votre'."

De fait, les différentes tentatives de la mère et de son fils pour demander justice vont longtemps rester infructueuses, malgré le dépôt d'une plainte. Comme l'explique Franceinfo, la violence des faits a cependant finalement été confirmée, en partie, par l'analyse du taser utilisé ce jour-là par le chef de brigade, qui a révélé que l'arme avait été "mise en marche 27 fois en dix minutes au moment du contrôle, dont une fois pendant plus de 5 secondes".

"C'est compliqué de dire 'stop' pour la suite de ma carrière"

Autre élément décisif dans l'avancement de l'enquête, l'un des policiers présents ce jour-là a admis, au cours de son interrogatoire, que ses collègues s'étaient livré à un déchaînement de violence. "Je ne suis pas responsable des actes de mes collègues, même si je me suis déjà rendu compte que dans notre groupe parfois, les contrôles n'étaient pas faits comme ils devraient l'être, a ainsi déclaré le policier en question. L'un de nous aurait dû dire stop, notamment sur ce contrôle. J'aurais dû intervenir mais vous devez comprendre, c'est compliqué de dire 'stop' pour la suite de ma carrière, et surtout pour mes relations avec mes collègues de brigade."

Suite à ce témoignage, trois policiers ont donc été placés sous contrôle judiciaire et mis en examen pour "violences volontaires par personnes dépositaire de l'autorité publique", précise Franceinfo. "La parole de mon client n'aurait jamais suffi à la mise en examen [des trois policiers], car la parole de victimes de violences policières n'a aujourd'hui en France aucun poids si elle n'est pas corroborée par d'autres éléments, et c'est la chance que l'on a dans ce dossier", assure ainsi l'avocat de la victime, alors que l'enquête se poursuit.

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