Trois mois après le début de la guerre, l'Ukraine bientôt à court de munitions?

Un soldat ukrainien sur un tank à Lisichansk, le 20 mai 2022 - ARIS MESSINIS / AFP
Un soldat ukrainien sur un tank à Lisichansk, le 20 mai 2022 - ARIS MESSINIS / AFP

Après trois mois de guerre, l'Ukraine est en difficulté côté armement. "Nous avons presque épuisé toutes nos munitions" d'artillerie, expliquait cette semaine dans le journal britannique The Guardian Vadym Skibitsky, chef adjoint du renseignement militaire ukrainien. Le pays a épuisé quasiment tout son armement de fabrication russe et soviétique et dépend désormais des armes que lui fournissent ses alliés étrangers, notamment de l'artillerie occidentale, selon plusieurs sources militaires américaines.

Les affrontements dans le Donbass sont devenus une guerre d'artillerie, dans laquelle la Russie est mieux dotée que l'Ukraine qui "utilise ses derniers stocks de systèmes d'armes et de munitions de l'ère soviétique", écrivait également l'institut pour l'étude de la guerre (ISW) vendredi. Et Kiev aura "besoin d'un soutien occidental constant" sur ce plan, car "une artillerie efficace sera de plus en plus décisive dans les combats largement statiques dans l'est de l'Ukraine".

"Les stocks commencent à s'épuiser, et fabriquer des obus demande du temps, c'est une technologie autour de la sidérurgie, il faut forger un corps de bombe, il faut mettre un certain nombre d'assemblages... C'est la difficulté à laquelle sont confrontés les Ukrainiens, d'où cet appel réitéré à l'aide occidentale", déclare le Général Jérôme Pellistrandi, consultant défense pour BFMTV.

"Ils tirent entre 4000 et 6000 obus par jour"

"Il y a une alerte parce qu'un certain nombre de matériel que l'Ukraine possédait depuis le début arrive en fin de course, soit parce qu'il a été détruit, soit parce qu'il est trop usé", explique Jérôme Pellistrandi. D'autre part, "le taux de consommation de munitions a été extrêmement important. On estime que du côté ukrainien, ils tirent entre 4000 et 6000 obus par jour".

Et il ne s'agit pas d'armes qui peuvent se réutiliser, il en faut perpétuellement des nouvelles, en tout cas tant que la guerre est en cours.

Les alliés s'efforcent de coordonner leur assistance militaire à Kiev, et de la synchroniser de façon à ce que les forces ukrainiennes reçoivent un "flux continu de munitions", mais aussi de pièces détachées et d'armement léger, a expliqué un autre responsable militaire américain.

Mais "les stocks occidentaux ont été en très grande partie vidés", explique notre consultant défense, et "même si l'aide occidentale est réelle sur le terrain et bien la consommation est extrêmement importante. Cela veut dire aussi que du côté ukrainien, ils doivent être extrêmement vigilants sur la précision de leur arme", afin d'en gâcher le moins possible.

L'artillerie livrée au compte-goutte

Malgré les demandes répétées des Ukrainiens, l'armement occidental semble arriver au compte-goutte. C'est en partie parce que les alliés veulent s'assurer que Kiev est capable de l'absorber en toute sécurité et de limiter les risques de bombardement de ses stocks de munitions. Les Russes visent en effet les réserves d'armes de l'armée ukrainienne.

Dans un communiqué, le ministère russe de la Défense a indiqué ce dimanche que "des missiles de croisière Kalibr lancés à partir de la mer (...) ont détruit près de Tchortkiv un grand entrepôt de systèmes de missiles antichars, de systèmes portatifs de défense aérienne et d'obus fournis au régime de Kiev par les États-Unis et les pays européens".

Les États-Unis envoient donc leur assistance militaire par tranche, dont la dernière en date, de 700 millions, annoncée le 1er juin, comprenait quatre systèmes d'artillerie Himars, mais aussi 1000 missiles anti-chars Javelin supplémentaires et quatre hélicoptères Mi-17, 15.000 obus destinés aux Howitzers, 15 blindés légers, et d'autres munitions de calibres divers.

Des armes qui "nécessitent un apprentissage important"

Le Himars est un système "sophistiqué", et "il faut certifier ces garçons, s'assurer qu'ils savent comment utiliser ces systèmes correctement", a également déclaré le chef d'état-major américain, le général Mark Milley, pour expliquer la livraison petit à petit. Il faut former les opérateurs, mais aussi les soldats chargés de la maintenance, ainsi que les officiers et sous-officiers pour qu'ils soient déployés là où il faut, quand il le faut, a-t-il expliqué.

"Le matériel occidental qui a été livré et qui est en cours de livraison, et bien il est compliqué, il est sophistiqué, il nécessite un apprentissage important, c'est la raison par exemple pour laquelle nous avons reçu nous, Français, des militaires ukrainiens, pour les former sur les canons Caesar", déclare Jérôme Pellistrandi. "Il faut un certain temps."

Article original publié sur BFMTV.com

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