Le triste goût des philosophes

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Platon, dans le Gorgias, compare la rhétorique à la cuisine : elle séduit l'âme sans souci de la vérité, de même que l'art culinaire cherche à flatter le goût.

Cet article est issu du magazine Sciences et Avenir - Les Indispensables n°205 daté avril/ juin 2021.

Les goûts de demain ne seront pas ceux d'hier… et le goût lui-même, art d'apprécier les saveurs, n'échappe pas à la marche de l'histoire. Aujourd'hui objet de toutes les attentions, ce sens occupe dans l'Antiquité une place subsidiaire par rapport notamment à la vue, rattachée à la vérité et à la connaissance, mais aussi à l'ouïe, qui renvoie à l'harmonie. Il n'a part ni au beau ni au vrai. Platon, dans le Gorgias, compare la rhétorique à la cuisine : elle séduit l'âme sans souci de la vérité, de même que l'art culinaire cherche à flatter le goût. En outre, celui-ci renvoie à une contrainte organique, le corps devant pour subsister consommer d'autres corps. Raison pour laquelle dans le Timée de Platon, le démiurge, en créant l'Homme, prend soin de loger la bête sauvage qu'est le ventre entre le diaphragme et le nombril… loin de la raison.

Les plaisirs culinaires ne se laissent pas marginaliser si facilement

Le goût n'a cure de la vie de l'esprit, il saisit les saveurs dans le contact direct de la matière, au moment de l'ingestion des aliments. Selon Kant, la sensation de l'agréable ou du désagréable empêche toute représentation objective. Et le péril de la gourmandise guette. À l'artifice d'une cuisine qui fourvoie le goût, Rousseau préfère ainsi l'appétit, qui répond à un besoin naturel en se satisfaisant de nourritures simples. Cette vulgate philosophique se nourrit et se redouble d'un mépris chrétien du corps, entre jours maigres et valorisation de la vie ascétique. Mais les plaisirs culinaires ne se laissent pas marginaliser si facilement. Aux antipodes de cette frugalité, la gastronomie célèbre les nourritures terrestres. Dès les banquets de la Grèce antique, les hommes touchent au divin dans l'ébriété. Boire et manger ensemble fondent la communauté. Les tablées médiévales nobles sont généreuses, sinon pléthoriques avec parfois des dizaines de plats ponctués d'[...]

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