Trisomie 21 : une nouvelle thérapie améliore sensiblement les fonctions cognitives

Testée sur sept patients porteurs de la trisomie 21, l’injection d’une hormone permettrait d’améliorer les fonctions visuo-spatiale, de la compréhension des consignes et de l’attention.

SCIENCE - Un espoir pour les personnes porteuses de trisomie 21 ? Une thérapie testée sur sept patients a amélioré certaines de leurs fonctions cognitives. Des résultats jugés « prometteurs » qui doivent encore être confirmés. « L’expérience est très satisfaisante, même si on reste prudents », a résumé Nelly Pitteloud, cheffe du service d’endocrinologie au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), en présentant à la presse l’étude publiée jeudi 1er septembre dans la revue Science.

Son hôpital a collaboré avec une équipe de l’Inserm — au sein du laboratoire Lille neurosciences et cognition — pour tester l’efficacité d’une thérapie fondée sur l’injection de l’hormone GnRH (Gonadotropin-Releasing Hormone) à des patients porteurs de trisomie 21.

« On s’est demandé si cette hormone pouvait jouer un rôle dans la mise en place des symptômes présents chez les porteurs de trisomie 21 », a expliqué Vincent Prévot, directeur de recherche à l’Inserm. De récentes découvertes ont suggéré que les neurones exprimant l’hormone GnRH, connus pour réguler la reproduction via l’hypothalamus, auraient aussi une action sur les fonctions cognitives (mémoire, langage, raisonnement, apprentissage, résolution de problèmes...).

D’abord sur des souris, le laboratoire a établi que cinq brins de micro-ARN régulant la production de cette hormone et présents sur le chromosome 21 étaient dérégulés. Les scientifiques sont parvenus à démontrer que les déficiences cognitives et olfactives progressives de ces souris étaient étroitement liées à une sécrétion de GnRH dysfonctionnelle.

Des tests humains satisfaisants

Ils ont ensuite prouvé que la remise en fonction d’un système GnRH normal permettait de restaurer les fonctions cognitives et olfactives chez la souris trisomique. L’équipe de Nelly Pitteloud a ensuite pris le relais. Un essai clinique pilote a été mené sur sept hommes porteurs de trisomie 21, âgés de 20 à 50 ans, entre octobre 2020 et mai 2022. Les patients ont reçu une dose de GnRH toutes les deux heures en sous-cutané pendant 6 mois, via une pompe sur le bras.

Des tests de cognition et d’odorat ainsi que des examens IRM ont été effectués avant et après le traitement. « On a constaté une amélioration comprise entre 10 % et 30 % des fonctions cognitives, notamment de la fonction visuo-spatiale, de la représentation tridimensionnelle, de la compréhension des consignes et de l’attention », a égrené Nelly Pitteloud.

Ainsi, un patient qui peinait à reproduire le schéma d’un cube en 3D avant le début du traitement, est parvenu à dessiner correctement un lit à l’issue. Cliniquement, les performances cognitives ont augmenté chez 6 des 7 patients, des améliorations confirmées par imagerie cérébrale.

Les résultats de l’étude sont aussi salués par des experts indépendants. La qualifiant de « tour de force », Fabian Fernandez, spécialiste de la cognition et la trisomie 21 à l’université d’Arizona (États-Unis), a jugé ses résultats « irréprochables. »

Une plus vaste étude à l’automne

Cependant, contrairement à ce qui s’était passé avec la souris, le traitement n’a pas eu d’impact sur l’olfaction. Ces résultats « prometteurs » doivent être confirmés. « Le travail clinique s’est focalisé sur seulement 7 patients hommes ; pour prouver l’efficacité du traitement GnRH dans la trisomie 21, on a encore beaucoup de travail à faire », a reconnu Nelly Pitteloud.

Les auteurs de l’étude reconnaissent d’autres biais, comme la présence de patients déjà très stimulés par leurs parents. Ils souhaiteraient désormais inclure des personnes aux profils plus variés, dont certains avec des signes dégénératifs type Alzheimer.

À l’automne, une plus vaste étude intégrant 50 à 60 personnes et un placebo devrait être lancée. Les chercheurs espèrent y inclure « un tiers » de femmes, qui ne devront pas être sous contraception - l’hormone GnRH régulant la reproduction - ni souhaiter tomber enceintes.

« On ne va pas guérir les troubles de cognition des personnes porteuses de trisomie 21, mais dans nos résultats, l’amélioration semble déjà assez essentielle pour espérer augmenter leur qualité de vie », s’est réjouie Nelly Pitteloud.

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