Tripoli ordonne la reprise des ports pétroliers libyens

par Ulf Laessing et Feras Bosalum
Rebelles tenant l'entrée du port libyen d'Es Sider, où un pétrolier battant pavillon nord-coréen a chargé du brut ce week-end. Le Parlement de Tripoli a ordonné lundi la mise sur pied d'une force militaire pour "libérer" les trois ports pétroliers contrôlés depuis plusieurs mois par les rebelles autonomistes de l'est du pays. /Photo prise le 8 mars 2014/REUTERS/Esam Omran Al-Fetori

par Ulf Laessing et Feras Bosalum TRIPOLI (Reuters) - Le Parlement de Tripoli a ordonné lundi la mise sur pied d'une force militaire pour "libérer" les trois ports pétroliers contrôlés depuis plusieurs mois par les rebelles autonomistes de l'est de la Libye. Le Congrès général national (CGN) a précisé que l'opération débuterait d'ici une semaine. Un pétrolier battant pavillon nord-coréen, le "Gloire du matin", a chargé ce week-end du brut dans le port d'Es Sider, ce que le gouvernement considère comme totalement illégal. Des navires de guerre ont été dépêchés devant le terminal pétrolier pour empêcher le tanker d'appareiller, avec ordre d'ouvrir le feu si nécessaire. Le pétrolier, qui avait chargé pour 30 millions de dollars de brut, a finalement été arraisonné par les autorités. Il se dirigeait lundi soir sous escorte vers l'ouest de la Libye, a indiqué un porte-parole du gouvernement. Un porte-parole des rebelles avait auparavant démenti la perte de contrôle du navire. L'opération militaire pour reprendre les ports commencera d'ici une semaine, a précisé lundi un décret du président du CGN, Nouri Abousahmein. Peu après, les rebelles qui tiennent Es Sider ont annoncé l'envoi de renforts terrestres et maritimes pour se "défendre" contre toute attaque. "Nous envoyons des renforts terrestres et maritimes pour défendre la Cyrénaïque jusqu'à l'ouest de Syrte (...) Nous avons aussi des navires qui patrouillent au large des côtes", a dit à Reuters Essam al Djahani, un responsable rebelle. Le pétrolier de 37.000 tonnes "Gloire du matin", qui appartiendrait à une société saoudienne, est arrivé samedi à Es Sider. Il a achevé lundi matin le chargement de sa cargaison de brut et se trouvait en fin d'après-midi dans la zone d'attente d'appareillage, sous l'étroite surveillance des navires envoyés par le gouvernement de Tripoli et ses milices alliées. RISQUE DE SÉCESSION "Les navires de notre marine et des forces révolutionnaires encerclent le pétrolier", a dit à Reuters Ayoub Kassem, porte-parole de la marine. La valeur de la cargaison est estimée à près de 30 millions de dollars. La compagnie nationale libyenne des pétroles (National Oil Corp, NOC) a déclaré qu'elle poursuivrait en justice quiconque tenterait d'acheter ce pétrole "volé", où que ce soit. Les rebelles de l'Est libyen réclament une plus grande autonomie politique et un meilleur partage des revenus du pétrole. Certains souhaitent un retour au fédéralisme qui sous la monarchie accordait de grands pouvoirs aux trois régions du pays -Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan. Pour eux, une attaque contre le "Gloire du matin" équivaudrait à une "déclaration de guerre". Ils sont dirigés par un ancien chef de l'insurrection contre Mouammar Kadhafi en 2011, Ibrahim Djathran, qui commande à plusieurs milliers de combattants. A Tripoli, on craint que leurs exigences ne conduisent à une sécession. En janvier dernier, un pétrolier battant pavillon maltais avait tenté de gagner Es Sider mais avait fait demi-tour après des tirs de sommation de la marine libyenne. La situation en Libye reste chaotique près de deux ans et demi après la mort de Kadhafi, de nombreuses milices qui n'ont pas désarmé empêchant le gouvernement central d'imposer son autorité à travers le pays. (Guy Kerivel et Danielle Rouquié pour le service français)