Trappes: Darmanin annonce une "protection rapprochée" pour l'enseignant qui se dit menacé

Par Jules Pecnard avec AFP
·3 min de lecture
Didier Lemaire - BFMTV
Didier Lemaire - BFMTV

Le ministère de l'Intérieur accentue le niveau de protection dont bénéficie Didier Lemaire. Cet enseignant en philosophie d'un lycée de Trappes, qui dit avoir reçu de nombreuses menaces à la suite de la publication d'une lettre ouverte dans L'Obs sur l'assassinat de Samuel Paty, sera placé sous protection rapprochée, annonce ce jeudi Gérald Darmanin sur Twitter. Le locataire de l'hôtel Beauvau précise que Didier Lemaire "bénéficiait depuis plusieurs jours d'une protection des services de police des Yvelines".

Ce nouveau degré de protection, que l'intéressé dit avoir accepté, survient après l'annonce par le parquet de Versailles de l'ouverture d'une enquête, confiée le 26 janvier à la police judiciaire, pour "menaces sur personnes chargée de mission de service public".

Quelques jours avant, le 22 janvier, Didier Lemaire était interviewé dans le cadre d'un reportage réalisé à Trappes pour l'émission néerlandaise "Nieuwsuur". Dedans, le professeur déclarait notamment que "le salafisme à Trappes gagne vraiment du terrain".

Après l'ouverture de l'enquête judiciaire, Didier Lemaire a multiplié ses interventions médiatiques. Elles ont commencé avec son témoignage publié le 5 février par Le Point, dans lequel l'enseignant affirmait être "sous escorte depuis le mois de novembre".

Le 1er novembre, soit deux semaines après la décapitation de Samuel Paty par un terroriste à Conflans-Sainte-Honorine, Didier Lemaire faisait publier sa lettre ouverte sur le site de L'Obs. Il y dénonce le danger islamiste qui pèse selon lui sur l'école et sur la République tout entière, en invoquant l'exemple de la ville de Trappes, qu'il estime "définitivement perdue".

Depuis le début du mois, l'enseignant a aussi enchaîné les plateaux radiotélévisés. À chaque fois, Didier Lemaire a fait état des menaces dont il serait l'objet.

"Inquiétudes"

Le parquet de Versailles a indiqué auprès de l'Agence France-Presse avoir eu connaissance "des inquiétudes vis-à-vis du professeur à l'encontre duquel des menaces auraient été proférées". "Les faits ont été portés à notre connaissance par un tiers", a précisé le parquet.

Une source policière a confirmé auprès de l'AFP la mise en place d'un dispositif de sécurisation non permanent, notamment aux abords de l'établissement. Le service de la protection (SDLP), une unité notamment dédiée à la protection de personnes menacées, "n'a pas été chargé d'assurer sa sécurité", a toutefois précisé une autre.

Il veut "quitter l'établissement"

Après avoir été reçu lundi à l'académie de Versailles, il a été décidé que le professeur continuerait d'enseigner dans l'établissement, a indiqué à l'AFP le rectorat dans un communiqué. "Conformément à sa volonté, l'académie assurera, en lien avec la préfecture des Yvelines, les conditions permettant son maintien dans l'établissement", a ajouté le rectorat.

"La situation a été prise très au sérieux et un signalement a été immédiatement effectué auprès du commissariat de Trappes ainsi que de la préfecture des Yvelines", explique également le communiqué.

Didier Lemaire a pour sa part expliqué à l'AFP qu'il allait "quitter l'enseignement, mais pas forcément l'Éducation nationale". "Tout dépend de la mission qui pourrait m'être confiée", a-t-il précisé.

En conflit avec le maire

Pour le maire Génération.s de Trappes, Ali Rabeh, l'enseignant "a librement parlé sans être inquiété par qui que ce soit mais j'ai demandé que ses inquiétudes soient prises au sérieux". L'édile a déclaré auprès de l'AFP que Didier Lemaire "n'a jamais fait l'objet d'une menace sérieuse".

Le préfet des Yvelines, Jean-Jacques Brot, a quant à lui affirmé que les propos du professeur "stigmatisent les 32.000 habitants de cette ville qui, pour la très grande majorité d'entre eux, sont attachés aux valeurs républicaines".

Article original publié sur BFMTV.com