«Tranquille» et talentueux, l'Érythréen Biniam Girmay est élu Cycliste africain de 2020

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Le trophée du Cycliste africain de l'année 2020 a été décerné ce lundi 21 décembre à l'Érythréen Biniam Girmay. À 20 ans, il est le plus jeune lauréat de ce prix. En 2020, le coureur de la formation Nippo Delko One Provence a brillé et progressé, aussi bien en Afrique qu'en Europe. Et avec son potentiel, l'avenir s'annonce encore meilleur.

À peine une saison en tant que professionnel, et déjà parmi les coureurs africains les plus en vue. Biniam Girmay a été désigné Cycliste africain de l'année 2020 par un jury de 25 personnes, sous l'égide de Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France. Un prix qui salue « le coureur du continent ayant réalisé les plus belles performances de la saison et réussi, par son rayonnement, à faire connaître le cyclisme africain sur la scène mondiale », selon la définition donnée par le jury.

L'Érythréen a recueilli le plus grand nombre de voix et devance sur le podium son compatriote Natnael Tesfatsion, tandis que le Rwandais Moïse Mugisha monte sur la troisième marche. Biniam Girmay succède au Sud-Africain Daryl Impey, vainqueur en 2019, et permet à son pays d’accentuer son leadership au palmarès du Cycliste africain de l'année avec cinq victoires désormais (Natnael Berhane en 2012, Mekseb Debesay en 2014, Daniel Teklehaimanot en 2015, Tesfom Okubamariam en 2016 et donc Biniam Girmay), contre trois pour l'Afrique du Sud (Louis Meintjes à deux reprises en 2013 et en 2016, et Daryl Impey) et une pour le Rwanda (Joseph Areruya en 2018).

« On va entendre parler de lui dans les années futures »

En janvier dernier, celui que l’on surnomme « Bini » avait marqué les esprits sur la Tropicale Amissa Bongo, où il avait remporté deux étapes et terminé en tête au classement par points, et ce alors qu'il n'avait pas encore fêté son 20e anniversaire. Installé en France près de Marseille (Bouches-du-Rhône), le coureur de l'équipe franco-japonaise Nippo Delko One Provence (2e division) a ensuite performé en Europe. Il a notamment pris la deuxième place du Trophée Laigueglia (Italie) ainsi que sur le Tour du Doubs (France).

« Biniam Girmay est un grand espoir du cyclisme africain. L’an passé, il avait battu André Greipel au sprint sur la Tropicale Amissa Bongo, ce qui était déjà une référence. (...) Il progresse très rapidement grâce à ses qualités naturelles de puncheur. On va entendre parler de lui dans les années futures. C’est une certitude », assure Bernard Hinault.

« Il n’a peur de rien »

Joint par Thomas de Saint Leger pour RFI, le journaliste de L’Équipe Philippe Le Gars a aussi constaté les progrès du coureur cycliste : « Il a réussi à s'adapter avec beaucoup de culot et de malice. C'est un bon symbole. Il a commencé la saison en Afrique en gagnant au Gabon, puis il a poursuivi en brillant en Italie et en France. Je pense qu'il est effectivement le coureur qui méritait le plus ce titre. »

En février dernier, lors du Tour du Rwanda où il s’était encore distingué – leader du classement général l'espace d'une journée –, Biniam Girmay, alors en apprentissage de la langue française, confiait à RFI que « tranquille » était son « mot fétiche ». « Je veux juste profiter de ma vie, donc je ne ressens pas la pression », expliquait-il. C'est peut-être la clé de son évolution cette année. « Ce qui est intéressant chez lui, c'est qu'il n'a peur de rien. Dans ce sport, il ne faut pas regarder les grands noms à côté de soi. Il faut y aller, oser, et c'est ce qu'il fait. Il a les moyens de progresser encore », observe Philippe Le Gars.

Cinquième au classement du Cycliste africain de l'année 2019, aujourd'hui plus jeune lauréat, jusqu'où Biniam Girmay peut aller ? « On attend maintenant qu'il franchisse un autre palier, qu'il gagne une course médiatique. Je pense qu’il en a les moyens, parce qu’il n’a aucun complexe. Ce n’est pas un coureur impressionné par son environnement. Il semble déjà blindé », avance Philippe Le Gars.