"On est en train de mourir" : de Toulouse à Caen, le cri de désespoir des acteurs de la culture

Ils travaillent dans les musées, cinémas ou à la création de spectacles vivants mais pour tous ces acteurs de la culture, l’horizon reste bouché au moins jusqu'au début du mois de février. Face à la deuxième vague de Covid-19 et au nombre croissant de malades, le Premier ministre, Jean Castex, maintient toutes les restrictions sanitaires en vigueur et la fermeture des lieux de culture. Partout en France, artistes, techniciens, intérimaires, directeurs de salle ou médiateurs culturels font entendre leur colère et leur désespoir. En Normandie, des actions ont été menées dans les cinq départements de la région. Réunies devant l'opéra de Rouen, près de 200 personnes se sont rassemblées pour demander des réponses et un calendrier pour la reprise de la vie culturelle. "Je suis en train de mourir, reprend avec aigreur le metteur en scène Franck Lehman, je commence à avoir des crises d'angoisse, je prends des antidépresseurs et des anxiolytiques, on n'arrive plus à dormir parce qu'on ne sait pas quand on va reprendre". Un peu plus loin dans la manifestation, Raphaëlle Girard, directrice du théâtre Rive gauche, constate un manque d'équité avec les lieux de culte, qui sont ouverts depuis le mois de décembre et accueillent des personnes distanciées et masquées. "Je trouve ça super que les pratiquants puissent pratiquer leur religion mais que nous on ne puisse pas le faire alors que ce sont les mêmes conditions, je ne comprends pas", déplore-t-elle."La France n'a même pas autorisé des 'concerts-tests'" Paul Langeois Directeur du Big Band CaféA Caen, comme dans de nombreuses villes de France, certaines structures n'ont pas rouvert depuis le mois de mars 2020. Seules les salles à jauge réduite ont pu accueillir du public mais la fête s'est arrêtée à la fin octobre avec le deuxième confinement. "La France n'a même pas encore autorisé nos syndicats et professionnels à faire des 'concerts-tests'. Maintenant, ce qu'il nous faut, c'est une stratégie pour la réouverture de nos lieux", demande Paul Langeois, directeur du Big Band Café."Stop au 'Stop and Go'" Elise Mignot Directrice du Café des imagesUn sentiment partagé dans le monde du 7e art. Dans les salles obscures, on espère enfin entrevoir la lumière. "On demande une date sûre pour ne plus être dans ce permanent 'Stop and Go' qui est mortifère", assure Elise Mignot, directrice du Café des images."Les intérimaires vont crever la gueule ouverte !" Une actrice de la culture lors d'une assemblée générale à ToulouseA Toulouse, les acteurs de la culture se sont également réunis en assemblée générale dans une salle de spectacle. Après dix mois d'arrêt, ils souhaitent retrouver le devant de la scène. Si les intermittents du spectacle ont vu leurs droits systématiquement prolongés jusqu’au 31 août 2021, les intérimaires souffrent aussi du manque de visibilité. Ils n'ont touché aucun salaire depuis la fermeture. Tous craignent la paupérisation généralisée d'un secteur dont ils revendiquent et défendent l'utilité sociale. "On participe à l'éducation du regard, au savoir voir, et nous mettre en fragilité, c'est aussi fragiliser la société dans tout ce qu'elle peut avoir d'esprit critique", stipule Manuel Pomar, auteur et plasticien. Ce vendredi matin, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot a indiqué sur Franceinfo que "la réouverture des lieux culturels pourrait se faire de façon échelonnée, avec une priorité donnée aux musées et monuments". Elle s'est toutefois refusée à prendre un engagement sur un calendrier.