Trafic d'influence: trois ans ferme requis contre l'ex-sénateur Joseph Castelli

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Joseph Castelli à Bastia le 25 septembre 2014

"C'est de ces comportements que meurt la démocratie": le procureur a requis mardi à Bastia quatre ans de prison dont un avec sursis contre l'ex-sénateur Joseph Castelli, soupçonné d'avoir octroyé des marchés publics à des entreprises contre la réalisation de travaux dans sa villa.

"Un parfum entêtant de corruption systémique" flotte sur ce dossier, a estimé le procureur de Bastia Arnaud Viornery, qui a également requis 200.000 euros d'amende contre l'ex-sénateur de Haute-Corse, 72 ans, et la confiscation de la villa au coeur de l'affaire.

Poursuivi devant le tribunal correctionnel de Bastia pour trafic d'influence passif, recel de biens provenant d'un délit, blanchiment aggravé et faux en écriture, M. Castelli --qui nie les faits qui lui sont reprochés-- a bénéficié de "subventions aimables d'entrepreneurs" pour près de "200.000 euros" pour compléter le financement de sa villa, "via des fausses factures", a tancé le magistrat.

"On soupçonne que ce financement ait été fait en échange d'attribution de marchés publics par M. Castelli" estimés à 10 millions d'euros, avait rappelé lundi le président du tribunal correctionnel de Bastia, Jean-Bastien Risson. Cependant, pour le procureur, seul le marché public de la médiathèque de Folelli, pour un montant de 1,7 million d'euros, peut être retenu pour les poursuites.

Sur l'existence d'un "pacte de corruption" dans l'attribution de ce marché, le tribunal a "tous les éléments pour condamner M. Castelli", a assuré M. Viornery. Il a également assuré que les accusations de faux en écriture étaient "parfaitement établies" mais a demandé au tribunal de relaxer M. Castelli pour le blanchiment de fraude fiscale.

Pour le procureur, la mécanique des malversations est claire: une société gérée par un entrepreneur décédé et jamais entendu dans l'enquête était en charge de la construction de la villa de M. Castelli. Des factures lui ont été réglées par trois autres sociétés pour des travaux fictifs de sous-traitance sur d'autres chantiers, et ces sommes finançaient des travaux sur la villa de l'ex-sénateur. En échange, ces entreprises obtenaient ensuite des marchés publics octroyés par M. Castelli.

Aux yeux du procureur, M. Castelli devait, en tant qu'élu, "incarner une stricte probité" et a trahi ses électeurs: "C'est de ces comportements que meurt la démocratie".

"Je n'ai jamais perdu une élection. Je me demande ce que je fais dans cette galère. Si j'étais si pourri que ça, vous pensez que ces gens-là ne s'en seraient pas rendus compte?", avait assuré lundi M. Castelli.

A l'encontre des trois entrepreneurs jugés aux côtés de M. Castelli --dont un avait reconnu des faits de corruption--, le procureur a requis des peines allant jusqu'à deux ans de prison et 200.000 euros d'amende.

Tous les avocats de la défense de l'ex-sénateur et des trois entrepreneurs ont plaidé la relaxe pour leurs clients, l'un pointant qu'"on ne condamne pas des gens pour le parfum d'un fait" mais sur des preuves quand un second soutenait que "juridiquement dans ce dossier, il n'y a rien" à part "de la magie grossière judiciaire".

"L'accusation considère M. Castelli comme M. Balkany sauf que le dossier est mieux ficelé de l'autre côté", a lancé Me Jean-Louis Seatelli, en faisant référence à l'ex-maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, condamné pour blanchiment et fraude fiscale.

"On ne fait pas la carrière de Joseph Castelli pendant plus de 40 ans si on est un pourri", a poursuivi son avocat.

Le jugement a été mis en délibéré au 1er mars.

mc/iw/dch