Le trésor des Guelfes, “bien culturel national” allemand, a-t-il été acquis par spoliation ?

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La revue de presse Allemagne évoque le récent jugement de la Cour suprême des États-Unis, qui s'estime incompétente pour décider du statut du trésor des Guelfes, trésor ecclésiastique médiéval acheté par l'Allemagne en 1935 à un groupe de marchands d'art juifs. Art spolié ou bien dûment acquis ? La question n'est toujours pas résolue. Également au sommaire : les archéologues du Land de Schleswig-Holstein interdisent désormais le repêchage des machines Enigma. Les eaux territoriales allemandes sont polluées par des tonnes de munitions immergées. Une exposition à Berlin déconstruit le regard déshumanisé de l'anthropologie raciale.

Dans le feuilleton qui oppose les héritiers américains de marchands d'art juifs allemands et le gouvernement d'Angela Merkel concernant le trésor des Guelfes, la Cour suprême des États-Unis a prononcé son incompétence mercredi 3 février, considérant qu'il s'agit d'une affaire interne à l'Allemagne. Le trésor reliquaire de l'ancienne église Saint-Blaise de Brunswick comprenait à l'origine plus de 80 pièces d'orfèvrerie réalisées entre le 11e et le 15e siècle, dont la fameuse croix des Guelfes, ainsi que des autels portatifs et des reliquaires richement décorés. La maison princière des Guelfes (Welfen) en est devenue propriétaire en 1671, mais le duc Ernst-August de Brunswick-Lunebourg décida de s'en séparer en 1929. Un consortium réunissant trois marchands d'art renommés de Francfort-sur-le-Main se porta acquéreur et en vendit un certain nombre de pièces, avant que l'État prussien ne leur achète en 1935 les 42 restantes.

Depuis 2008, les héritiers réclament à l'Allemagne la restitution du trésor, aujourd'hui exposé au musée des Arts décoratifs de Berlin, dont ils estiment la valeur à au moins 220 millions d'euros. Les autorités allemandes ayant rejeté leurs premières demandes, l'affaire a été portée en 2015 devant un tribunal américain. Car il n'existe pas en Allemagne d'outil législatif spécifique destiné à la restitution des œuvres d'art spoliées par les nazis ; la commission Limbach, pourtant dévolue à cette tâche, n'émettant qu'un avis consultatif, ses recommandations n'ont aucune valeur juridique.
Or cette commission a précisément statué en 2015 que la vente de 1935 s'était déroulée “en bonne et due forme”, et que le bien avait été légitimement acquis. Les héritiers considèrent au contraire que la vente s'est produite sous la contrainte, le trésor ayant servi de monnaie d'échange pour que leurs familles puissent quitter l'Allemagne. La notion de “vente forcée”, correspondant à une violation du droit international, a été retenue par la justice américaine en 201[...]

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