Le très discret enthousiasme du président mexicain pour l'élection de Joe Biden

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Andrés Manuel Lopez Obrador (AMLO) et le président américain élu ont eu une première conversation téléphonique samedi, alors que le président mexicain avait été l'un des derniers dirigeants à féliciter Joe Biden, lors du vote des grands électeurs la semaine dernière. Après quatre ans d’humiliation du Mexique par Donald Trump, l’arrivée du démocrate ne semble pas réjouir le chef de l'État mexicain autant qu’on pourrait s’y attendre.

De notre correspondante à Mexico,

À sa manière, Andrés Manuel Lopez Obrador avait finalement assez bien pris ses marques avec Donald Trump. Déjà sur le plan personnel, les deux hommes s’apprécient assez. Ils sont à l’opposé de l’échiquier politique mais ils se ressemblent beaucoup dans leur exercice autoritaire du pouvoir.

Ensuite, les deux présidents avaient trouvé comment cohabiter. Donald Trump est obnubilé par l’immigration. Il a fait du chantage économique au Mexique pour que le pays militarise sa frontière sud avec le Guatemala. Il a utilisé la figure du migrant mexicain comme un repoussoir à des fins électorales. Mais tant que le Mexique acceptait de céder sur la question, Donald Trump a finalement ignoré tout un ensemble d’autres sujets au Mexique, comme la marche arrière sur la politique environnementale ou la lutte contre la corruption. Et cette tranquillité, elle est primordiale pour le président Lopez Obrador, qui entend bien gouverner sans interférences.

Apaisement attendu sur le front de l'immigration

Dans la lettre qu’il a envoyé à Joe Biden plus d’un mois après sa victoire, les deux éléments qui ressortent sont d’ailleurs ceux-là : le président mexicain remercie Biden de soutenir « les migrants du monde entier et du Mexique », et ensuite, il parle de l’importance du respect de la souveraineté de chacun. Autrement dit, le Mexique ne met pas le nez dans les affaires américaines et l’inverse est valable aussi.

La migration sera bien bien sûr l'un des principaux sujets de la future relation entre le Mexique d'Obrador et les États-Unis de Biden. On attend un apaisement sur ce sujet là. Joe Biden ne va pas tout revoir de fond en comble mais il s’est déjà engagé à faire marche arrière sur les aspects les plus cruels des politiques anti-immigration mises en place par Donald Trump pendant son mandat, comme la séparation des familles par exemple. Là-dessus on peut espérer que la relation bilatérale reprenne une tonalité plus respectueuse.

La lutte contre le narcotrafic comme levier de pression ?

Il y a un autre sujet cependant qui est brûlant actuellement : celui de la coopération entre les deux pays contre le narcotrafic. Le Mexique a voté une loi cette semaine qui réduit énormément le rôle des agents étrangers et en particulier de l’agence antidrogues américaine au Mexique. C’est un débat qui mérite de se tenir car les règles ont été fixées il y a trente ans et la situation a bien évolué depuis. Mais la façon dont la loi est rédigée aujourd’hui ne résout pas le déséquilibre qui caractérise la coopération. Elle l’entrave. Et les conséquences de cette loi sur la lutte contre le crime organisé pourraient être très importantes.

Plusieurs experts y voient une manœuvre politique du président, qui n’a pas encore promulgué la loi : une manière de faire pression sur Joe Biden car on s’attend à ce qu’il ait beaucoup à dire sur l’absence de politique environnementale mexicaine, mais aussi les bas salaires et les conditions de travail dans le pays, et donc, la lutte contre le trafic de drogue, notamment le fentanyl, une drogue synthétique produite au Mexique et qui fait des ravages aux États-Unis.

Lopez Obrador tente de s’éloigner du paradigme de la « guerre frontale contre le narcotrafic » qui a été promu par la DEA (Drug Enforcement Administration) et les administrations passées. Il n’a donc pas vraiment cherché la confrontation avec le crime organisé ces deux dernières années. Le problème c’est que malgré un diagnostic pertinent, il n’a pas su proposer de méthode alternative, et qu’actuellement, cela a augmenté la marge de manœuvre du crime organisé.

Samedi 19 décembre, le président mexicain a annoncé avoir eu une conversation téléphonique avec Joe Biden, qui deviendra président des Etats-Unis le 20 janvier, afin de réviser l'agenda commun des deux pays voisins. « J'ai parlé par téléphone avec le président élu des Etats-Unis, Joseph Biden. Nous réaffirmons l'engagement de travailler ensemble au bien-être de nos peuples et de nos nations », a écrit M. Lopez Obrador sur son compte Twitter.