Tours: dix ans de prison requis contre l'octogénaire accusé d'avoir tué sa femme malade

Dix années d'emprisonnement requis à l'encontre d'un homme de 88 ans jugé devant la cour d'assises d'Indre-et-Loire pour avoir tué son épouse sur fond de maladie et de dépendance

L'avocat général a requis mercredi dix années d'emprisonnement à l'encontre d'un homme de 88 ans jugé devant la cour d'assises d'Indre-et-Loire pour avoir tué son épouse sur fond de maladie et de dépendance.

L'octogénaire a toujours reconnu avoir tué sa femme malade âgée de 84 ans en la frappant avec la crosse d'un fusil dans leur maison de Francueil (Indre-et-Loire) en mai 2020, quelques jours après la levée du premier confinement.

"Vous devez juger un homme de 88 ans qui a assassiné sauvagement son épouse après 63 ans de vie commune. Cette phrase est juste, mais la réalité est bien plus complexe", a lancé aux jurés l'avocat général Pierre Gérard, évoquant le "puits sans fond de tristesse" que représente le dossier.

Pour autant, "une peine purement symbolique signifierait que quand on a 88 ans, on a le droit d'ouvrir le crâne de son épouse quand elle se dégrade. Vous ne pouvez pas délivrer un permis de tuer", a-t-il estimé.

"Si son épouse était morte sans souffrance, les peines demandées auraient été amoindries. Mais il ne s'agit pas d'une mort douce", a rappelé le magistrat.

Un "calvaire" car la victime a tenté de se défendre et "pas un acte d'amour", a-t-il jugé, refusant toutefois l'idée du "féminicide d'une ordure".

Les deux octogénaires, sans enfant, s'étaient rencontrés à 18 ans en 1952. Ils s'étaient installés en Touraine à leur retraite en 1987.

Selon les témoins, ce couple passionné de danse vivait une relation heureuse jusqu'à la dégradation brutale de la santé de l'épouse au début de l'année 2020. Son autopsie a montré qu'elle était atteinte de la maladie d'Alzheimer.

Devant la détresse de son épouse et épuisé par les soins, l'ancien chauffeur de taxi parisien a alors décidé de passer à l'acte, justifiant son geste par la volonté du couple de partir ensemble.

Partir à deux "n'était pas un projet", a insisté l'avocat général, mais plutôt "une discussion entre la poire et le fromage, comme on en a tous".

En mai 2020, l'accusé avait d'abord tenté en vain de tuer sa femme et lui-même par intoxication au monoxyde de carbone puis au gaz butane. Le vieil homme, en détention provisoire depuis les faits, avait frappé sa femme avant de renoncer à se suicider et d'alerter des proches.

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