Tournée de Mike Pompeo au Moyen-Orient: l'Iran toujours en ligne de mire?

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Le secrétaire d'État américain était à Paris, lundi 16 novembre, où il a été reçu par le président Emmanuel Macron, loin des caméras et des micros. Il a entamé, ce mardi, une visite en Turquie, avant de se rendre en Israël puis aux Émirats arabes unis.

L'exécutif français a souligné avoir reçu Mike Pompeo à sa propre demande « en toute transparence » avec l'équipe de Joe Biden, le jour même où Paris et Berlin appelaient conjointement à une refondation de la relation transatlantique à l'occasion du changement d'administration américaine. Une « visite de courtoisie » pour l'Élysée, « de travail » pour le Quai d'Orsay, rapporte l'AFP.

Mike Pompéo poursuit lui sa tournée en Turquie, ce mardi, avant de se rendre en Israël et aux Émirats arabes unis. Au total, sept pays en une dizaine de jours, dont la majorité se trouve au Moyen-Orient.

Réunion sur l'Iran au Bureau ovale

Si rien n'a filtré des échanges avec les responsables français, selon le New York Times, à deux mois de la fin de son mandat, Donald Trump a toujours l'Iran dans le viseur. Le président américain a sondé de hauts responsables sur la possibilité d' « agir » contre un site nucléaire iranien. C'est le site de Natanz qui serait visé selon le quotidien new-yorkais.

C'est lors d'une réunion jeudi dans le Bureau ovale, toujours selon le New York Times, que le président américain sortant a demandé à plusieurs collaborateurs, dont le vice-président Mike Pence, le secrétaire d'État Mike Pompeo et le chef d'état-major Mark Milley « s'il y avait des options pour agir contre » ce site « dans les prochaines semaines ». Ces hauts responsables « ont dissuadé le président d'aller de l'avant avec une frappe militaire », au vu du risque que cela dégénère rapidement en un conflit plus vaste, selon le quotidien.

Donald Trump a posé la question après qu'un rapport de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a indiqué que Téhéran continuait d'accumuler de l'uranium, d'après le New York Times. Selon plusieurs médias, le dernier rapport de l'AIEA fait état en Iran d'un stock d'uranium enrichi de 2 449 kilogrammes, bien supérieur à la limite maximale de 300 kg fixée dans le pacte nucléaire avec les grandes puissances. Dans le précédent rapport remontant à septembre, ce stock était de 2 105,4 kg. Sans surprise, l'Iran poursuit donc sa trajectoire de production d'uranium, en riposte au retrait américain de l'accord signé en 2015 à Vienne et au rétablissement par l'administration Trump des sanctions qui ont plongé le pays dans une profonde récession.

Une tournée pour quoi faire ?

Cependant, pour Benjamin Hautecouverture, maître de recherche pour la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), interrogé par Oriane Verdier du service international de RFI, le secrétaire d'État américain ne peut plus changer grand-chose dans la région avant l'investiture de Joe Biden, notamment en ce qui concerne les tensions avec l'Iran. « La pression d’ores et déjà est tellement forte que, s’il y a d’autres sanctions, elles ne seront pas suffisantes pour pousser l’Iran à la faute, dans les trois mois qui restent avant l’installation de Joe Biden. »

Selon le chercheur, « de toute façon, les Iraniens savent que tout va se jouer dans la négociation sur le retour des Américains dans le deal nucléaire. Qu’est-il est possible de leur soutirer ? Est-ce que des compensations peuvent être envisagées pour des pertes qu’on évalue à peu près à 250 milliards depuis deux ans, en Iran, du fait du retrait américain, l’imposition des sanctions et l’extraterritorialité de ces sanctions ? »

Benjamin Hautecouverture ne voit « pas de rupture significative par rapport aux résultats » des précédentes enquêtes de l'AIEA, « en particulier le taux d’enrichissement de l’uranium que l’on connaissait depuis le mois de juin. On voit bien que les Iraniens sont attentistes. Ils ne cherchent pas à grignoter encore plus l’accord. »

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