A Toulon, des membres de la PJ "en deuil" mobilisés contre la réforme de Darmanin

Une centaine d'officiers de police judiciaire (PJ) ont dénoncé lors d'une manifestation mercredi à Toulon le risque de "mort" de leur institution face à la réforme de la police nationale voulue par le ministre de l'Intérieur.

Cadres et syndicats de la PJ sont vent debout contre la réforme de Gérald Darmanin qui vise à mettre tous les services de police au niveau départemental sous l'autorité d'un même Directeur de la police nationale (DDPN), dépendant du préfet. Ils y voient un risque de dilution des moyens et compétences de la PJ, ainsi que de son indépendance face à l'exécutif.

En écho à des actions menées depuis début septembre notamment à Bordeaux et à Nancy, un cercueil noir portant l'écusson de la PJ a été déposé devant le portail de la préfecture du Var sur lequel une cinquantaine de gilets barrés d'une bande noire en signe de deuil ont été pendus. Une minute de silence a également été respectée par les policiers présents, venus des services de Toulon, Marseille et Montpellier.

Contre le risque de "mort de la police judiciaire", le délégué de la CGT Police à Toulon, Christophe Olivieri, a mis en garde le ministère, devant les manifestants dont quelques avocats venus les soutenir.

"Nous voulons garder notre commandement délocalisé et zonal qui nous permet une réelle indépendance dans nos enquêtes au service des magistrats et des citoyens", a-t-il revendiqué.

Représentante de l'Association nationale de la police judiciaire (ANPJ), une association "apolitique" créée en août en opposition à la réforme, Nathalie, commissaire divisionnaire à Montpellier craint que la PJ soit "totalement diluée" dans les autres services et que s'en suive "une perte d'expertise".

"Notre cœur de métier est de faire des enquêtes de criminalité de haut niveau", a-t-elle expliqué, ajoutant qu'"on ne veut pas dans dix ans être obligé de refonder une police judiciaire" après un constat d'échec.

Le secrétaire national de la CGT Police, Anthony Caillé, s'est quant à lui inquiété de la "séparation des pouvoirs": un "effet d'aubaine induit par cette réforme", selon lui animée par la volonté de "faire des économies" est de "museler la police judiciaire", actuellement protégée "des pressions du pouvoir par une direction éloignée" des autorités politiques et administratives.

Après une première rencontre il y a trois semaines entre Gérald Darmanin et les cadres de la police judiciaire, les deux parties devraient discuter à nouveau début octobre.

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