"Top Chef": comment le concours culinaire de M6 est devenu une usine à stars

Benjamin Pierret
·5 min de lecture
Top Chef  - M6
Top Chef - M6

Le programme-phare de M6 s'apprête à faire son retour. Après 12 années d'un succès jamais démenti, l'émission Top Chef entamera sa nouvelle saison le 10 février prochain. Une nouvelle fournée de chefs se mesureront les uns aux autres pour remporter cette édition 2021, sous l'oeil exigeant de leurs jurés. Mais sortir vainqueur n'est pas le seul gain après lequel courent les candidats. En plus d'une décennie d'existence, le programme a prouvé qu'il pouvait propulser des anonymes au rang de stars du monde culinaire, qu'ils aient ou non gagné leur saison.

Il suffit de consulter le prestigieux guide Michelin pour le constater: plus de 16 anciens candidats sont désormais des chefs étoilés. Les derniers en date à y avoir fait leur entrée sont Mory Sacko, qui tient le MoSuke à Paris, et Coline Faulquier, cheffe du restaurant signature à Marseille. Parmi les anciens, il y a même une chef qui a désormais deux étoiles: Stéphanie Le Quellec, avec son restaurant La Scène à Paris.

La popularité se mesure aussi sur les réseaux sociaux où Jean Imbert, Juan Arbelaez, Adrien Cachot, Denny Imbroisi et Mallory Gabsi ont tous plusieurs centaines de milliers d'abonnés.

Parmi les chefs les plus suivis sur Instagram, ayant participé à l'émission, Jean Imbert est en tête avec 408.000 abonnés, suivi du franco-colombien Juan Arbelaez, avec 291.000 abonnés.

"Ça m'a aidé professionnellement, parce que ça m'a aidé à me faire connaître du grand public", confirme Pierre Sang à Bonsoir Bruce, programme en ligne de BFMTV. Le chef cuisinier, finaliste de la saison 2 en 2011, répond à nos questions dans la cuisine de Pierre Sang in Oberkampf, l'un de ses trois restaurants dans le 11e arrondissement de Paris: "C'est un accélérateur à tous les niveaux (...) Ça m'a permis de me rendre compte qu'il y a la cuisine qui est importante, mais aussi tout ce qui est communication, partage, transmission."

À ses côtés se tient son apprenti, Abdallah Ibrahim. "J'ai regardé Top Chef quand j'avais 12 ans, et depuis j'ai envie de faire cuisinier", explique-t-il.

"Tous les chefs étoilés ont envie de participer"

Les opportunités qu'offre Top Chef à ses candidats ont permis à l'émission de gagner ses lettres de noblesse au sein de la profession. C'est ce que constate le chef Michel Sarran, membre du jury depuis 2015:

"Quand on m'a demandé de participer comme juré, je n'étais pas très chaud", se souvient-il. "Et aujourd'hui, on voit que tous les chefs étoilés ont envie de participer parce que cette émission a démontré qu'elle faisait du bien et qu'elle mettait en valeur notre profession. Plus ça va, plus c'est vrai: le niveau augmente, le casting des candidats est de plus en plus dur, il y a de plus en plus de demandes."

C'était le cas de David Gallienne, gagnant de la saison 11 l'an dernier, déjà titulaire d'une étoile avant sa participation à l'émission dans son restaurant Le Jardin des plumes, à Giverny. Pourquoi, alors, se frotter à des novices et à l'oeil critique de ses confrères?

"Ce n'est pas parce qu'on est chef étoilé que dans la vie tout est acquis, bien au contraire", explique-t-il. "Top Chef m'a permis de prendre du recul sur ma cuisine, sur qui j'étais, ce que je faisais. On fait un métier tellement passionnant, on passe tellement d'heures dans nos cuisines qu'on ne voit plus nos erreurs (...) Top Chef m'a apporté beaucoup de réponses. Aujourd'hui je n'ai plus peur d'oser, d'aller dans mes retanchements, dans mes convictions et de faire ce que j'ai envie de faire. Je suis sorti de cette timidité et de cette cuisine un peu trop conventionnelle à mon sens, pour aujourd'hui proposer une vraie expérience et une vraie signature."

Cuisine et Covid

La diffusion de cette nouvelle saison se fera dans des conditions particulières: si les candidats bénéficieront tous d'une belle fenêtre de visibilité, ils ne pourront pas tout de suite recevoir les téléspectateurs à leurs tables, les restaurants étant toujours fermés à cause du coronavirus.

Philippe Etchebest, lui aussi membre du jury, aurait préféré "que ce soit diffusé dans d'autres conditions, et que tout puisse être rouvert normalement". Mais face au carton d'audience de la saison précédente, diffusée pendant le premier confinement, il estime que le programme fait du bien aux téléspectateurs en cette période troublée:

"Les gens ont un rapport à la cuisine assez fort. Du fait que ce soit lié avec le confinement, on a peut-être encore plus besoin de se raccrocher à quelque chose, et pourquoi pas la cuisine. Je crois que la cusine rassemble, la notion de partage est toujours là. Les gens ont besoin de ça."

Une émission au pouvoir "énorme"

"La puissance de Top Chef sur un chef, en terme d'image personnelle et sur un restaurant, est aujourd'hui gigantesque, décrypte Raphaële Marchal, journaliste, autrice et blogueuse culinaire. "Je crois que l'effet Top Chef dure assez peu de temps, deux à trois ans et ensuite ça se calme. Mais en terme de signatures de contrats, de remplissages du restaurant et de finances, ne serait-ce que pour rassurer les banques, c'est un truc énorme."

Et d'ajouter que le programme de M6, sous ses airs de divertissement, participe peut-être d'un réveil écologique collectif: "On ne s'en rend pas vraiment compte, mais ça joue un rôle immense dans les changements de mentalité. Il y a dans chaque épisode des messages très forts, notamment sur la saisonnalité, les circuits courts, les méthodes de pêche, d'élevage, d'abattage, et je pense (...) qu'insconsciemment les petites graines sont plantées dans la tête des gens."

Article original publié sur BFMTV.com