La demande de libération de Tommy Recco, le plus vieux détenu de France, à nouveau rejetée

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Joseph-Thomas Recco, dit Tommy Recco, a été condamné en 1983 à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir tué six personnes. - Eric Gaillard
Joseph-Thomas Recco, dit Tommy Recco, a été condamné en 1983 à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir tué six personnes. - Eric Gaillard

"Au vu de son âge, est-ce que la peine a encore un sens?" C'est la question posée il y a un mois à la chambre d'application des peines de la cour d'appel de Bastia par Mes Lhote et De Casalta, les avocats de Joseph-Thomas Recco, le plus vieux détenu de France. Agé de 87 ans, cet homme condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avait déposé une nouvelle demande de mise en liberté.

Une nouvelle fois, la justice a rejeté sa demande. En dépit de l'âge du détenu, la justice considère que le risque de récidive demeure présent, au regard du très lourd passé de Tommy Recco.

Joseph-Thomas Recco est né en 1934 à Propriano, dans le sud de la Corse. Issu d'une famille de pêcheurs, l'homme surnommé "Tommy" est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1962 pour avoir tué son parrain en lui tirant dessus et l'achevant à coup de crosse de fusil. Lors de son procès, l'avocat général avait mis en garde les jurés d'un risque de récidive et avait requis la peine de mort. Après 17 ans de prison, il obtient une libération conditionnelle.

Deux triples meurtres

Les craintes de l'avocat général vont se confirmer. A deux reprises, Tommy Recco va tuer. Une première fois deux ans à peine après être sorti de prison. En décembre 1979, il tente de braquer la caisse d'un hypermarché Mammouth à Béziers, dans l'Hérault. Le braquage vire au bain de sang, le Corse exécute d'une balle dans la nuque les trois caissières, âgées de 27 et 28 ans, et s'empare de 700.000 francs. L'enquête est difficile, Tommy Recco n'est pas soupçonné immédiatement.

L'homme va récidiver une seconde fois quelques semaines plus tard dans le Var à Carqueiranne. Dans des aveux, Tommy Recco explique s'être rendu chez une connaissance d'un de ses cousins pour lui acheter une arme. La discussion s'était envenimée et il avait abattu cet homme. La fillette de la victime et un voisin, alerté par l'enfant, sont aussi retrouvés morts. Juste avant de mourir, elle livre un indice capital pour identifier le tueur.

"Innocent à 100%"

La photo de Tommy Recco est alors publiée dans le journal. Un client du Mammouth reconnaît l'homme suspect qui rôdait près du supermarché. Un détail l'avait frappé: son regard bleu acier étincelant. La justice a acquis la conviction que Tommy Recco est le tueur de Béziers et de Carqueiranne. Lui se rétracte et lors de son procès, il nie en bloc les accusations contre lui.

"Je suis innocent à 100%, je suis innocent comme l'était notre Seigneur Jésus-Christ", lance celui qui est coiffé comme le Messie. Une défense qui ne convainc pas la cour d'assises du Var qui le condamne à la réclusion criminelle à perpétuité.

Un risque de récidive "exclu"

Incarcéré au centre pénitentiaire de Borgo, Tommy Recco, aujourd'hui âgé de 87 ans, a déposé depuis une vingtaine de demandes de mise en liberté. Il a également plaidé plusieurs suspensions de peine pour raisons de santé, comme en octobre dernier. Bien qu'alerte intellectuellement, Tommy Recco se déplace avec des béquilles, souffre de problèmes cardiaques et est suivi pour un cancer de la peau.

"M. Recco a les maladies de son âge, rappelle Me Alain Lhote, l'un de ses avocats avec Me Sébastien De Casalta. Aujourd'hui, le risque de récidive est exclu au vu de son âge."

A chaque fois pourtant, la justice a rejeté les demandes de libération conditionnelle formulées par le tueur. Les différentes expertises ont toutes conclu que son état de santé restait compatible avec une détention. Les dénégations du détenu, qui n'a jamais exprimé aucun remord pour ses crimes et pour les victimes et qui se dit victime d'une "abominable machination", sont autant d'éléments qui ont également motivé la cour d'appel à ne pas le libérer. La défense de Recco envisage désormais une procédure devant la Cour européenne des droits de l'Homme.

"Joseph-Thomas Recco paye son positionnement, malgré le temps, la justice considère que le trouble à l'ordre public n'est pas apaisé", conclut Me Lhote.

Article original publié sur BFMTV.com

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