Tollé et enquête après des propos racistes lors d'une interpellation près de Paris

Maryam EL HAMOUCHI, Gregory DANEL
Une enquête judiciaire va être confiée à la police des polices, l'IGPN, concernant les propos racistes proférés lors d'une interpellation policière en proche banlieue parisienne dans la nuit du 25 au 26 avril 2020

Nanterre (AFP) - Une enquête judiciaire va être confiée à la police des polices après des propos racistes proférés dans la nuit de samedi à dimanche lors d'une interpellation en proche banlieue parisienne, qui a suscité l'indignation à gauche et la réprobation de Christophe Castaner.

Dans la foulée, le préfet de police de Paris Didier Lallement a demandé au directeur général de la police nationale (DGPN) la suspension de deux policiers mis en cause, qui ont reconnu être les auteurs des propos incriminés.

Dimanche vers 1H30 du matin, des policiers avaient interpellé à l'Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) un homme soupçonné de vol de matériel sur un chantier et qui avait tenté de prendre la fuite en se jetant dans la Seine, selon le récit de sources policières.

"Un bicot comme ça, ça nage pas", entend-on dans une vidéo diffusée par le journaliste Taha Bouhafs et visiblement filmée après que les fonctionnaires ont sorti l'homme de la Seine. "Ha! ha! ça coule, tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied", est-il ajouté.

"Les propos que l'on entend sur cette vidéo, s'ils sont bien effectivement le fait de policiers, ne sont pas acceptables et révèlent une attitude qui manque de professionnalisme et risque de jeter le discrédit sur l'action de la police", a déclaré sur franceinfo la procureure de Nanterre, Catherine Denis.

Une enquête pour injures à caractère raciste et violences par personne dépositaire de l'autorité publique a été ouverte et confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), a indiqué le parquet de Nanterre.

Quelques heures après la diffusion de la vidéo, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a réagi sur Twitter parlant "d'une indignation légitime" et promettant de faire "toute la lumière" sur les faits. "Le racisme n'a pas sa place dans la police républicaine", a-t-il ajouté.

Parallèlement, l'IGPN a également été saisie d'une enquête administrative par la préfecture de police de Paris.

Sur d'autres images diffusées sur Twitter, on entend les policiers rire et des bruits sourds venant du fourgon où l'interpellé, qui paraît crier, a été placé.

L'homme, dont l'identité est incertaine, serait âgé de 27 ans et de nationalité égyptienne. Un temps hospitalisé après sa chute dans la Seine, il a été brièvement placé en garde à vue pour vol par effraction et en réunion.

Une obligation de quitter le territoire a été prononcée à son encontre après son interpellation et l'enquête pour vol a été classée sans suite, a précisé le parquet.

Selon le parquet, "il n'a pas fait état de violences lors de son audition et n'a pas déposé plainte à ce stade".

La Ligue des droits de l'Homme (LDH) a, elle, annoncé porter plainte pour "violences volontaires par personnes dépositaires de l'autorité publique à raison de l'appartenance vraie ou supposée à une prétendue race". SOS Racisme a assuré avoir fait de même.

- Appels à sanction -

Les policiers ayant procédé à l'interpellation font partie des effectifs de nuit de la Direction territoriale de la sécurité publique des Hauts-de-Seine, selon une source proche de l'enquête.

Comme l'a révélé le Parisien, un commissaire divisionnaire de la circonscription d'Asnières était présent lors d'une partie de cette opération, a-t-on appris de plusieurs sources proches du dossier.

Selon de premiers éléments recueillis par l'AFP, ce commissaire, qui a déjà été condamné en 2008 pour "non-empêchement de délit" dans une retentissante affaire de violences policières, se serait cependant trouvé sur la rive opposée de la Seine au moment où le fuyard a été sorti du fleuve et embarqué par les policiers.

Ces images ont provoqué l'indignation de plusieurs responsables de l'opposition de gauche.

"Horrible scène. Où est la police quand ce type de milicien raciste circule en toute impunité ?", s'est notamment Jean-Luc Mélenchon, chef de file de la France Insoumise.

"Les propos racistes sont inacceptables et celui qui les a tenus devra être sanctionné. Les responsabilités de chacun sont à déterminer", a souligné David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN-Unsa).

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