Titres de séjour "métiers en tension": droite et extrême droite attaquent la proposition de l'exécutif

Eric Ciotti le 10 avril 2022 à Paris  - Thomas COEX / AFP
Eric Ciotti le 10 avril 2022 à Paris - Thomas COEX / AFP

À peine lancée qu'elle fait déjà parler. L'idée présentée par Gérald Darmanin et Olivier Dussopt d'accorder un titre de séjour aux personnes en situation irrégulière mais qui travaillent dans un secteur qui peine à recruter suscite de multiples réactions depuis ce mercredi matin. Les oppositions ont rejeté en bloc cette proposition, bien que les raisons divergent selon les partis.

"Mauvais message"

Marine Le Pen est l'une des premières à dénoncer ce qu'elle qualifie de "nouveau nom à une campagne de régularisation de clandestins". Une position que partage son collègue député du Rassemblement national Philippe Ballard qui parle sur notre antenne d'un "mauvais message".

"Le signal envoyé c'est: 'on régularise tous ceux qui devraient être expulsés", estime le député RN de l'Oise sur BFMTV, "cela va créer un formidable appel d'air".

Le ministre de l'Intérieur s'attire aussi les foudres de son ancienne famille politique. Éric Ciotti a fustigé depuis la salle des colonnes de l'Assemblée "une forme de supercherie pour aller une nouvelle fois vers une forme de régularisation".

"On n'arrive pas à expulser les personnes qui subissent une OQTF [...] et donc, idée géniale trouvée par les deux ministres: on va régulariser des étrangers en situation irrégulière, entrés illégalement sur le territoire, au motif qu'ils pourraient pourvoir des métiers en tension", développe le député LR, prétendant à la présidence de son parti.

"C'est une folie"

Autre candidat à vouloir diriger les Républicains: Aurélien Pradié. Le député de la première circonscription du Lot, invité ce matin de BFMTV et RMC, parle d'une "régularisation automatique et massive d'un certain nombre de travailleurs qui sont dans notre pays et ne sont pas réguliers"

"J'y suis tout à fait défavorable, c'est une folie. Pour une raison simple: ce dont nous avons besoin dans notre pays, c'est de reprendre le contrôle sur la politique migratoire", ajoute le parlementaire, appelant les Français sans emploi à "revenir vers le chemin du travail".

"Nous avons 400.000 emplois vacants et qui ne trouvent pas preneurs. Faisons en sorte que les règles soient plus strictes pour ceux qui sont des demandeurs d'emploi", conclut Aurélien Pradié.

François-Noël Buffet, sénateur LR du Rhône, est plus mesuré. Le parlementaire ne se dit "pas absolument convaincu" de l'efficacité d'une telle mesure qui doit, selon lui, être appliquée "au cas par cas, situation par situation".

"Pour la personne qui n'aura plus son travail, l'objectif va être pour elle d'en trouver un autre très très vite et puis son idée première sera de rester sur le territoire national. Peut-être même qu'elle retournera dans la clandestinité", avance encore le sénateur, "réservé" sur la durée d'une année pour ce titre de séjour.

"Mécanique mortifère"

Face à ces réactions, Gérald Darmanin s'est défendu de toute régulation massive, assurant vouloir mettre fin à une "hypocrisie".

"Si le métier n'est plus en tension, la personne devra partir", a affirmé le ministre sur BFMTV.

De l'autre côté de l'échiquier politique, certaines élus réagissent également, et accusent notamment le locataire de Beauvau d'"aller séduire le Rassemblement national".

"Monsieur Darmanin est fidèle à lui-même", juge Aurélien Taché, député Europe Écologie-Les Verts. "Il n'y a pas de problème d'immigration en France mais un problème de l'instrumentalisation des sujets migratoires par la droite et l'extrême droite", poursuit-il sur BFMTV.

Sandrine Rousseau, députée EELV, s'indigne enfin devant la "mécanique mortifère" du gouvernement, à savoir "réserver les emplois les plus durs et les plus précaires aux personnes les plus fragiles, discriminées et étrangères".

Article original publié sur BFMTV.com