Tir accidentel d'Alec Baldwin: comment sont gérées les armes à feu sur les tournages

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Un tournage de cinéma - Image d'illustration  - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
Un tournage de cinéma - Image d'illustration - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

C'est un drame qui n'aurait pas dû se produire, tant ces scènes sont censées être encadrées. Ce jeudi, sur le tournage du western Rust dans lequel il tient le rôle vedette, Alec Baldwin a accidentellement tué par balle Halyna Hutchins la directrice de la photographie du film âgée de 42 ans. Le comédien a également grièvement blessé le réalisateur du long-métrage, Joel Souza, qui se trouve encore dans un "état critique".

Selon l'enquête, qui ne fait que débuter, tous deux ont été touchés "par balle lorsqu'Alec Baldwin a déchargé une arme à feu utilisée pour le tournage", un accident rarissime. Pourtant, des événements du même type ont déjà endeuillé le 7e art: le plus célèbre exemple est celui de Brandon Lee, fils de Bruce Lee, qui avait trouvé la mort sur le tournage de The Crow après avoir été touché par un projectile de calibre .44 resté bloqué dans le canon et délogé par la détonation de l'une cartouche à blanc.

Des tournages pourtant très encadrés

Le tragique événement annoncé ce vendredi par la police locale met en lumière l'épineuse utilisation des armes à feu sur les tournages de films. Outre-Atlantique, celle-ci est extrêmement réglementée et encadrée depuis le milieu des années 1980, à l'aune d'un autre accident qui avait endeuillé le tournage d'une série nommée Espion modèle.

Comme le rappelle sur Twitter l'acteur William Earl Brown, connu pour ses rôles dans Scream, Mary à tout prix ou encore Vanilla sky, les règles ont été changées après 1984, année où l'acteur Jon-Erik Hexum a trouvé la mort après avoir joué à la roulette russe avec une arme chargée à blanc. Sous l'impact du contenu de la cartouche, le jeune comédien s'est retrouvé en état de mort cérébrale en raison d'un fragment d'os coincé au niveau du cerveau.

Dès lors, la profession de weapons handler, que l'on peut traduire par maitre d'armes, a été créée. Il s'agit d'un professionnel dont la seule responsabilité est de superviser l'ensemble des armes à feu utilisées sur un tournage.

De vraies armes sur les plateaux

Dans son thread publié sur Twitter, William Earl Brown souligne en outre que pour les répétitions, des armes en caoutchouc sont utilisées et que, au cas où une balle à blanc doit être utilisée, le maître d'armes doit minutieusement inspecter l'arme et contrôler l'absence de projectile. On apprend également que la balle à blanc est uniquement chargée à la dernière minute, juste avant que la scène correspondante ne soit filmée.

La mort d'Halyna Hutchins et la grave blessure de Joel Souza, vraisemblablement accidentels, constituent une véritable surprise pour Frédéric Cauvy. Contacté par BFMTV.com, cet armurier pour le cinéma français nous décrit une utilisation des armes "extrêmement sécurisée" sur les plateaux de tournage.

"Nous disposons d'un stock que nous louons pour les tournages, et nous intervenons pour les scènes avec des tirs. On rencontre les comédiens, surtout s'ils ne sont pas habitués. Nous devons sécuriser pour ne pas qu'il se fasse mal, ou bien qu'il y ait un accident plateau", précise celui qui a participé à de nombreux tournages dont Taxi 3 et Le Transporteur, et qui a fait tirer des acteurs tels que Jason Statham ou Jet Li.

Précision importante: les armes utilisées ne sont pas des reproductions mais bien réelles. "Les armes à blanc d'une armurerie traditionnelle ne sont pas faites pour le cinéma, ce sont des armes de défense qui servent à faire du bruit", explique le spécialiste.

"On utilise des vraies armes qui ont été modifiées de manière à ne pouvoir tirer que des balles à blanc. On insère un rétreint dans l'arme qui permet ce tir, qui n'est pas visible au bout du canon. Il n'y a pas de projectile mais il peut y avoir des imbrûlés de poudre", explique l'armurier, insistant sur le fait qu'une fois qu'une arme est transformée pour le cinéma, il est impossible de la retransformer.

Quels risques?

En ce qui concerne les blessures, elles restent rarissimes. "On est là pour gérer les acouphènes car certains acteurs ne veulent pas porter de boules Quiès, ils préfèrent s'entendre parler, dans ce cas-là les munitions sont moins chargées. Par exemple, pour les scènes de suicide, où l'acteur peut avoir l'arme collée sur la tête, il existe des armes spéciales avec des cartouches spéciales, on montre l'exemple sur nous", indique encore Frédéric Cauvy.

En France, les armes destinées aux tournages ne peuvent être vendues. De plus, leur utilisation est soumise et régie par l'article n°R312-26 du décret n°2013-700 du 30 Juillet 2013 portant application de la loi n°2012-304 du 6 Mars 2012 intégrée dans le Code de la Sécurité Intérieure et le Code de la Défense.

Ce dernier stipule que "les producteurs de films et les directeurs d’entreprises de spectacles ou organisateurs de spectacles, locataires de ces armes, sont autorisés à les remettre sous leur responsabilité, aux acteurs et figurants pendant le temps nécessaire au tournage ou au spectacle".

Un texte qui explicite bien la responsabilité de la production, et qui encourage de fait à s'entourer de professionnels afin d'écarter tous risques.

Article original publié sur BFMTV.com

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