Sur Tinder, monter “les marches d’un escalier infini”

PHOTO Simon Guillemin / Hans Lucas

“Tout le monde efface tout le monde. La vie consiste à connaître des gens que d’abord on aime, puis qu’on efface.” (Alejandro Zambra, écrivain chilien.)

En ce moment, j’ai 120 matchs sur Tinder. Je parle avec deux ou trois d’entre eux, j’ouvre l’appli quand je prends le métro ou que je m’ennuie, et de temps en temps mes amies me demandent où j’en suis dans mes recherches. Je ne sais pas s’il faut y voir une recherche. Qu’est-ce qu’on recherche sur Tinder ?

En tout cas, depuis que je l’utilise, je m’aperçois que s’il est facile d’entrer en contact avec des gens, couper le contact avec eux l’est encore plus. Il n’y a plus de traumatisme dans la perte. Aujourd’hui, plus que jamais, tout le monde efface tout le monde.

Dans la série de contacts et d’échanges que nous avons tous les jours, effacer sans le vouloir est une question de survie. L’individu hyperconnecté est plus déconnecté que jamais, d’après le sociologue français David Le Breton : nous communiquons toujours plus, mais nous nous rencontrons de moins en moins, et de fait nous préférons les relations superficielles qui commencent et se terminent quand nous l’avons décidé.

Les applications comme Tinder ont pour but de nous faire rencontrer des gens nouveaux. Il n’y a là aucun idéalisme, rien de mensonger. Tinder ne vous promet ni de trouver l’amour ni de tirer un coup phénoménal : ce qu’il propose, c’est de la connexion virtuelle et de la nouveauté. Un catalogue interminable de candidats, et pour l’utilisateur le pouvoir d’accepter ou de refuser quelqu’un d’un simple mouvement du pouce.

Et plus si affinités

Le besoin de créer des liens n’a rien de nouveau. Ce qui a changé, ce sont les raisons pour lesquelles les relations se cristallisent et se fragmentent, ainsi que les formes qu’elles prennent. Tinder n’a donc pas pour but de répondre à un besoin qui existait déjà, mais de tirer parti de la vulnérabilité des nouveaux modes de relation et, en définitive, de la perpétuer.

Car, enfin, la rencontre comporte toujours des risques. Il arrive souvent qu’on ait des points communs avec quelqu’un, ou qu’on ait l’impression d’en avoir. Sans la composante physique de la rencontre, impossible de savoir avec certitude si on a vraiment des affinités. On tchatte pendant des jours, puis à un moment donné on finit par se voir, et il n’y a aucune alchimie : le mirage de l’idéalisation s’évanouit. Alors on se dit au revoir et on ne se reparle plus jamais. Comme lorsqu’on voyage en BlaBlaCar, on raconte sa vie au conducteur ou aux passagers, et ensuite on n’a plus jamais de nouvelles. Pour maintenir en vie une relation virtuelle, il faut donc éviter la rencontre. Enfin un réseau social d’où toute pureté est absente.

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