Timothé Le Boucher, le nouveau maître du thriller, publie une nouvelle BD, "47 Cordes"

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Détail de la couverture de
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Auteur des best-sellers Ces jours qui disparaissent (2017) et Le Patient (2019), Timothé Le Boucher vient de publier le diptyque 47 cordes, sa BD la plus envoûtante et la plus ambitieuse à ce jour, un thriller fantastique aux allures de conte macabre.

En trois albums, ce dessinateur de 33 ans s’est imposé comme une référence du thriller, un genre qui compte peu de grands maîtres en BD - à l’exception de l’Américain Ed Brubaker (Un Été cruel), du Français Fabien Nury (Tyler Cross), et du Japonais Naoki Urasawa (Monster). "C'est le genre d'histoires que j'aime écrire", précise-t-il. "Mais je commence à avoir exploré tout ce que je voulais dire dans ce genre. Je vais peut-être me diriger vers d'autres types d'histoires pour avoir d'autres genres de défis à relever."

47 cordes raconte l’histoire d’Ambroise, jeune harpiste qui tombe sous l’emprise d’une métamorphe, une créature capable de changer d'apparence. Pour le conquérir, elle va multiplier les déguisements et les stratégies. Sous la forme d’une célèbre cantatrice, elle lui lance une série de défis particulièrement retors qui vont lui permettre enfin de le séduire... Mais rien ne va se passer comme prévu. L’idée lui est venue en 2017, se souvient-t-il:

"Ma coloc était sur Tinder. Elle swipait les garçons. Certains avaient l'air sympa, mais elle n'aimait pas leur nez ou ils étaient trop petits. Je me disais que c'était dommage, car elle pouvait passer à côté d'une histoire incroyable juste pour un détail de physique. C'est là que je me suis mis à penser à l'idée d'un personnage qui pourrait changer de corps pour recommencer la rencontre amoureuse. Là est venue l'idée du personnage métamorphe qui se met à séduire Ambroise."

Goût pour le macabre

Timothé Le Boucher explore dans 47 cordes ses thèmes de prédilection: la cruauté des rapports humains, la fluidité de genre, l’amitié comme une deuxième famille. "Quand on commence à s'intéresser à certaines thématiques dans une histoire, elles continuent à nous intéresser une fois le projet terminé et on a envie de les développer sous un autre angle", analyse le dessinateur, qui cache très souvent dans ses planches des "easters eggs" pour apporter une clef de lecture supplémentaire à ses récits.

Ces thèmes sont désormais un passage obligé de ses récits, mais restent rares dans les BD franco-belges - à tel point que Ouest France a pu dire que 47 cordes était "un ouvrage nourri de transgressions perturbantes". "Il y a un peu une imagerie hédoniste, décadente avec les métamorphes", reconnaît l'auteur, qui n'a cependant "pas l'impression que le récit transgresse énormément de choses."

En à peine quatre ans, Timothé Le Boucher a démontré sa capacité à proposer des récits pleins de surprises, denses et ambigus. Ses albums plongent lecteurs et lectrices dans un univers torturé, au bord du fantastique et peuplé de personnages aussi charismatiques que troublants. Il assume désormais davantage son goût pour le macabre. "Ce sont des trucs que j'adore dessiner, mais je me retenais de le faire."

Le cinéma a repéré son talent et voit en lui un réservoir inépuisable d’idées originales. Une adaptation de Ces jours qui disparaissent est ainsi en développement et une autre du Patient se tourne actuellement dans la région de Clermont-Ferrand (diffusion prévue en 2022 sur Arte). Il a même été contacté par des producteurs pour faire de la mise en scène et écrire pour le cinéma. "J'ai décliné tout ce qu'on m'a proposé. Je ne me sentais pas encore capable de réaliser et j'avais plus envie de faire de la bande dessinée."

Héros antipathique

À l’image de sa métamorphe, 47 cordes est un récit très ample. Le premier tome fait 400 pages. Le second en fera autant. "Comme la métamorphe qui s'invite dans la vie d'Ambroise, j'avais envie qu'il y ait plein d'intrigues différentes. L'histoire était prévue pour être assez dense, mais j'ai toujours tendance à sous-estimer le récit. En voyant la place que prenaient certaines scènes, on a pris la décision de faire deux albums pour prendre le temps de raconter l'histoire telle que je l'imaginais."

Malgré son titre hitchcockien, ce récit protéiforme est un croisement entre le film Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick et les mangas Hunter x Hunter de Yoshihiro Togashi et JoJo's Bizarre Adventure de Hirohiko Araki. Le défi lancé par la métamorphe à Ambroise peut ainsi faire penser au parcours initiatique des héros de shonen. "La métamorphe comprend qu'Ambroise fonctionne par défi. Ambroise est aussi lecteur de shonen. Il idéalise l'amitié et les rivalités", commente l’auteur.

Inspiré par un ami et les angoisses sociales de l’auteur, Ambroise apparaît dans un premier temps profondément antipathique avant d’opérer sa mue. Un personnage avec lequel Timothé Le Boucher prend le risque de s’aliéner une partie de son lectorat:

"Ambroise est très particulier. Il est dans une espèce de rejet de l'autre pour ne pas avoir mal. Il est dans une espèce de crainte qui se transforme en arrogance et froideur. Ce n'est pas forcément le type de héros qu'on a envie de suivre. C'est pour cette raison que j'ai eu envie qu'on ait accès à son intériorité en montrant ses carnets intimes, où il se lâche complètement. On peut percevoir ce qu'il a dans la tête, puisque son visage est très inexpressif et qu'il dit des phrases très courtes."

"Plein de pitchs en stock"

Truffé de planches aux compositions audacieuses et de scènes inoubliables, 47 cordes est l’œuvre d’un auteur en pleine possession de ses moyens graphiques. Depuis la sortie de Ces jours qui disparaissent, son trait a gagné en précision et en inventivité. Il suffit de voir son travail sur les personnages, masculins comme féminins, pour mesurer le talent de Timothé Le Boucher. L’intrigue gravite autour d’une vingtaine de personnages, tous aussi charismatiques les uns que les autres et éloignés des canons de beauté habituels.

"Ça commence à changer, mais en BD il y a beaucoup de corps idéalisés, de corps standardisés", déplore le dessinateur. "C'est intéressant justement de représenter des corps un peu différents. Je connais dans ma vie des gens assez différents qui ne sont jamais représentés dans des histoires. C'est important de faire attention aux représentations. Je regarde plein de reportages en travaillant, ça me permet de me renseigner sur plein de sujets."

"Comme il y a énormément de personnages, j'ai essayé de faire très attention au chara-design, pour qu'ils soient tous identifiables", ajoute encore le dessinateur. "L'anatomie est plus précise que dans mes précédents albums. Le deuxième tome développera cette question de l'esthétique des personnages. Comme la métamorphe prend des apparences stéréotypées pour séduire Ambroise, une réflexion va naître sur les archétypes de corps."

La suite est prévue pour fin 2022 ou début 2023. "Je vais travailler à un bon rythme, mais en me ménageant." Il pense déjà à l’après-47 cordes. Il envisage une histoire moins longue, et peut-être de l'horreur. "J'ai plein de pitchs en stock qui attendent d'être développés. Comme je dois d'abord terminer le tome 2 de 47 cordes, j’essaye de ne pas trop me laisser déborder par la suite."

Article original publié sur BFMTV.com

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