L'UE dénonce fermement les pressions russes sur l'Ukraine

Manifestation de partisans d'un rapprochement Ukraine-Union européenne lundi à Kiev. L'UE a fermement dénoncé les pressions que la Russie a exercées sur l'Ukraine afin de dissuader le pays de signer un accord d'association politique et de libre échange avec les Vingt-Huit après des années de négociation. /Photo prise le 25 novembre 2013/REUTERS/Vasily Fedosenko

par Luke Baker et Richard Balmforth

BRUXELLES (Reuters) - L'Union européenne a fermement dénoncé lundi les pressions que la Russie a exercées sur l'Ukraine afin de dissuader le pays de signer un accord d'association politique et de libre-échange avec les Vingt-Huit après des années de négociations.

La volte-face opérée la semaine passée par le gouvernement ukrainien, à la surprise des partenaires européens, a provoqué de nouvelles manifestations à Kiev après un grand rassemblement dimanche.

La chef de file de l'opposition Ioulia Timochenko a annoncé qu'elle entamait une grève de la faim illimitée en signe de solidarité avec les manifestants. Son avocat, Sergueï Vlassenko, l'a annoncé dans la soirée à quelque 4.000 manifestants réunis dans la capitale.

Dans la journée, des partisans du rapprochement avec l'Union européenne se sont heurtés aux forces de l'ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogènes pour les disperser.

Dimanche, plusieurs dizaines de milliers de personnes s'étaient réunies dans le centre de la capitale ukrainienne à l'occasion d'une manifestation d'une ampleur inédite depuis celles de la "révolution orange" en 2004-2005.

Ce mécontentement de la rue ukrainienne a trouvé un écho à Bruxelles où le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, ont adopté un ton inhabituellement ferme pour dénoncer les pressions exercées par le Kremlin et rappeler que l'offre de rapprochement demeure valable.

PRAGMATISME ÉCONOMIQUE

"Bien que conscient de la pression extérieure que subit l'Ukraine, nous pensons que les considérations à court terme ne doivent pas occulter les bénéfices à long terme que pourrait procurer un partenariat", écrivent les deux dirigeants européens dans un communiqué commun.

"L'Union européenne ne va pas forcer l'Ukraine ou tout autre partenaire à choisir entre l'Union européenne ou une autre entité régionale", note le communiqué. "De fait, nous désapprouvons fortement la position et les actions de la Russie dans cette affaire", ajoute-t-il.

"L'UE se tient prête à se montrer plus ouverte et à faire preuve de plus de soutien à l'égard de ceux qui souhaitent s'engager dans les réformes et la modernisation."

L'Ukraine devait parapher le texte de coopération avec le bloc des Vingt-Huit lors d'un sommet du "partenariat oriental" prévu à Vilnius en Lituanie jeudi et vendredi.

Mais le Premier ministre Mikola Azarov a surpris ses interlocuteurs en annonçant une suspension des négociations et un resserrement des liens avec le grand-frère russe au nom du pragmatisme économique, ravivant un vieil antagonisme entre ukrainophones et russophones.

Dans une allocution télévisée, le président Viktor Ianoukovitch s'est efforcé d'apaiser la colère de la rue en déclarant que la décision de suspendre les discussions avait été difficile mais inévitable - allusion aux plaintes de Kiev concernant la dureté des normes de l'UE pour une économie fragile comme celle de l'Ukraine. Il s'est engagé à créer une "société aux normes européennes".

PRESSION DE POUTINE

Les Vingt-Huit rappellent que le Kremlin mène une campagne d'intimidation depuis plusieurs mois et a menacé Kiev de suspendre ses approvisionnements en gaz naturel et d'imposer des restrictions commerciales pour maintenir l'ex-république soviétique dans son giron. La Russie accuse, elle, les Européens d'avoir exercé une pression inutile sur l'Ukraine pour la contraindre à signer cet accord.

S'exprimant dimanche soir à la télévision russe, Mikola Azarov a déclaré que le scénario de la "révolution orange" de 2004 ne se répéterait pas.

De vastes manifestations contre l'élection jugée frauduleuse de Viktor Ianoukovitch à la présidence avaient contraint le pouvoir à organiser un nouveau scrutin présidentiel, remporté par l'opposition. Viktor Ianoukovitch a finalement été élu en 2010 et il est toujours chef de l'Etat.

"Si cela (les manifestations) se déroule en violation de la loi, alors le gouvernement n'agira pas comme il l'a fait en 2004", a dit Mikola Azarov.

Il est peu probable que le président Viktor Ianoukovitch change une deuxième fois d'avis avant le sommet de Vilnius, auquel il reste prévu qu'il participe ainsi qu'à un dîner avec les dirigeants européens jeudi soir.

Selon des sources diplomatiques à Moscou, Kiev et Bruxelles, le président russe, Vladimir Poutine, a probablement menacé son homologue ukrainien de lui retirer son soutien politique et de prendre des mesures économiques restrictives à l'égard de l'Ukraine. Il a sans doute également laissé miroiter la perspective d'approvisionnements en gaz naturel à prix réduit.

La Russie a créé en 2010 sa propre union douanière avec la Biélorussie et le Kazakhstan et entend rallier l'Arménie et l'Ukraine à cette organisation.

Avec Natalya Zinets et Richard Balmforth à Kiev; Pierre Sérisier, Bertrand Boucey et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Tangi Salaün