Tigré, reportage au coeur d'une guerre ignorée en Ethiopie

Olivier Jobard

Depuis 2020, la guerre oppose cette province d’Éthiopie à l’armée fédérale. Pillages, viols et destructions ont mis la population à genoux. Plongée au cœur de la zone interdite.

Souvent, on trébuche, réveillant quelques chiens de ferme. Mais il ne faut rien révéler de plus du passage, cette longue marche de nuit à travers les montagnes qui conduit clandestinement au Tigré. «Vous y voilà ! » Cernée par ses ennemis, la région du Nord est fermée, ravagée par la guerre civile qui, depuis un an et demi, déchire l’Éthiopie . Tenter d’y pénétrer est passible de prison. Les quelques rares ONG qui ont pu s’y aventurer affirment qu’y règne une famine meurtrière, provoquée par le siège, et que le Tigré a subi des massacres ethniques, victime d’une volonté d’éradication systématique, qu’un hashtag controversé résume sur les réseaux sociaux: #Génocide au Tigré. Pour vérifier, il faut accepter de se passer durant quelques semaines d’Internet et du téléphone. À l’ancienne.

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L’odeur fleurie des chemins de cactus, le chant des oiseaux et le tintement du bardage des ânes fait de bidons de métal coupé en deux donnent à ces hautes terres des airs de paradis bucolique, dont aucune voiture ne vient troubler la quiétude. «L’essence ne rentre plus depuis dix-huit mois ou alors à prix d’or », explique notre premier interlocuteur dans un anglais pas tout à fait oxfordien mais très correct. Gebreiyut – c’est son nom – ajoute: «Six dollars le litre, vous imaginez?» Le chef de son village nous accueille par une inspection en règle. «Vous ne seriez pas des espions?» interroge ce représentant du TPLF [Front de libération du peuple du Tigré], le parti au pouvoir.

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