Tigré: le patron du HCR en visite dans les camps de réfugiés érythréens

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En Éthiopie, pour la première fois depuis début du conflit dans le Tigré, le patron du Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) Filippo Grandi visite ce week-end deux camps de réfugiés érythréens, sur les quatre que comptait la province avant la guerre.

La situation des réfugiés érythréens suscite beaucoup d'inquiétude depuis novembre et le début du conflit au Tigré, notamment ceux des camps de Hitsas et Shimelba, toujours inaccessibles et où de nombreux témoignages font état de massacres commis par l'armée érythréenne ainsi que de déportations massives vers l'Érythrée.

Ce samedi 30 janvier, le patron du HCR se trouvait dans l'un des deux camps demeurés intacts, Mai Ayni. Dimanche, il devrait visiter un deuxième, Adi Harush, escorté par des ministres éthiopiens de poids et le directeur de l'Agence éthiopienne pour les réfugiés.

Addis-Abeba cherche à soulager la pression, à l'heure où ses dénégations sur la présence de l'armée érythréenne dans le Tigré sont battues en brèche par de nombreux témoignages, des vidéos et des images satellite.

Aucun humanitaire et aucun journaliste n'a pu se rendre dans les camps de Shimelba et Hitsats, mais des crimes de grande ampleur semblent bien y avoir été commis. Le 15 janvier, Filippo Grandi parlait même de « violations majeures du droit international » après avoir vu des images satellite montrant « des incendies et des destructions ».

Le chef du HCR ne s'y rendra pas. Mais vendredi, pour la première fois, un ministre éthiopien a évoqué Shimelba et Hitsats lors d'une réunion privée avec des membres du Congrès et de l'administration américaine. Selon Demeke Mekonnen, ministre des Affaires étrangères, ces deux camps auraient été évacués parce qu'ils étaient « inhospitaliers » et « pas aux normes ». De plus, a-t-il dit, « l'opposition érythréenne » y aurait reçu « un entraînement militaire de la junte », c'est-à-dire de l'ennemi public numéro un, le TPLF.

La journaliste érythréenne Meron Estefanos milite depuis des années pour les droits des réfugiés érythréens dans le monde, avec qui elle reste en contact quotidiennement. Pour elle, cette visite pourrait marquer un tournant.

« On ne peut vraiment pas dire que ces camps [Shimelba et Hitsats] ont été "évacués". Comment se serait passée cette prétendue évacuation ? C'est une blague ! Bien sûr on ne connaît pas le nombre exact de réfugiés rapatriés de force en Erythrée, mais on sait qu'ils étaient plusieurs centaines. Et il est temps qu'il y ait une reconnaissance publique de cette réalité. Les survivants, ce sont des gens, et surtout des enfants, dont les parents ont été kidnappés et qui se sont retrouvés seuls et démunis. Ils ont vu leurs grands frères et leurs grandes soeurs être blessés ou même tués. Certains sont de véritables zombies. Quand je demande comment se portent les enfants venus de Hitsats, on me répond qu'ils ne réagissent même plus à ce qui se passe autour d'eux ! Tout ça est trop lourd pour eux ! Alors il est plus que temps que le HCR parle, qu'il ne dise plus seulement qu'ils ont entendu dire ceci ou cela, mais qu'ils ont des témoins directs. »

Pour l'heure, Filippo Grandi n'a fait aucune déclaration à l'issue de sa première journée de visite.